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samedi 2 mars 2024

diverses lectures et visions



Japon, l’Archipel de la Maison
Collectif, Jérémie SOUTEYRAT
Editions Lézard Noir


L'objet est assez beau et curieux pour un sujet sans doute peu fréquent : des maisons individuelles (14 anciennes et 20 contemporaines) conçues par des architectes au Japon, soumis à des influences traditionnelles locales et de leur temps. Plusieurs pages sont donc consacrées aux plans de la maison et photos à l'appui, à l'environnement de l'habitat, à un entretien avec l'architecte et les propriétaires pour les maisons contemporaines.




Otomo : numéro cobra 16
La revue otomo continue son éclectisme dans la pop culture japonaise sous un format plus petit depuis quelques numéros.
La Lecture est toujours agréable entre cobra, garo et autres articles (sur une double page mentionner godzilla et ozu me comble de bonheur 🤔😃).
Je resterais réservé sur le texte dédié à city hunter sans doute un peu trop attaché au "disclaimer" de l'oeuvre ou jugement d'une époque (par exemple : "ressort comique anachronique ") plutôt qu'au contenu du film (Un rendez-vous manqué pour ce point). Mais ce genre de tendance devient courant dans notre monde moderne.


 

Les lundis de Yuka (Only on Mondays, Getsuyoubi no Yuka - 1964) : Superbe film réalisé par Ko Nakahira (le réalisateur de Passion Juvénile/kurutta kajitsu) avec Mariko Kaga en personnage principal : beau noir et blanc, montage très "nouvelle vague japonaise". On y suit le parcours de Yuka, jeune ingénue un peu libérée et un peu libertine, qui cherche à plaire à son entourage. Ses lundis sont dédiés à son "papa katsu", un homme d'affaire qui l'entretient...

mardi 14 juillet 2015

Le comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas



J'avais lu pour la première fois "Le comte de Monte-Cristo" au collège, un des plus célèbres romans d'Alexandre Dumas (1802-1870)(1). Mes souvenirs étaient fort anciens et je souhaitais relire l'oeuvre dans le contexte d'un intérêt actuel marqué pour les romans du 19e siècle. 

Tout cela je le dois à une liseuse que l'on m'a offert il y a quelques années (merci L !) : j'ai mis du temps à m'habituer à son utilisation et si je l'évite pour les romans modernes, j'ai découvert grâce à cet objet un accès direct à de nombreux romans anciens oubliés ou passés à la postérité. Ainsi du "comte de Monte-Cristo" ou du "crime de L'omnibus" (Fortuné du Bois Gobet) - dont je vous reparlerais prochainement.

Cette chronique possédera des "spoilers" - Attention.

A la lecture du comte de Monte-Cristo, ce qui saute aux yeux c'est que le roman possède un style très hétérogène : parfois flamboyant et percutant, épousant parfaitement l'action ou la description de paysages, parfois très plat et répétitif (comme le compte d'apothicaire de l'argent qui reste à Albert et sa mère Mercédes). 

C'est que l'oeuvre aurait été écrite - comme d'autres romans - en collaboration avec Auguste Maquet, auteur au style moins romanesque que Dumas. Cela peut expliquer un peu une certaine hétérogénéité. D'autre part, il semble que Dumas était payé à la page, il avait donc intérêt à rallonger la longueur de ses œuvres, parfois au delà du raisonnable.

Ainsi, ce style a fait couler de l'encre chez Umberto Eco, lequel - n'étant pas à un paradoxe près - voit dans "le Comte de Monte-Cristo, le plus grand roman mal écrit" (ICI et de ses difficultés à adapter en italien un roman au style hétérogène).

Sans aller jusque là, nous dirons que le style est efficace pour cette oeuvre.

Roman emblématique et séminal de la vengeance, le comte de Monte-Cristo a fait l'objet de nombreuses adaptations et été source d'inspirations. On l'évoque ainsi parfois à toutes les sauces, jusqu'à en malmener la portée ?
Inspiré d'une histoire vraie, ce roman raconte sur plus de 1000 pages (6 tomes), une machination qui va envoyer en prison Edmond Dantès pendant de nombreuses années, son évasion et sa vengeance contre les auteurs de ses malheurs.
Toutefois le roman est dense et va bien au-delà d'une simple histoire de vengeance, pour constituer une analyse de cette époque foisonnante en mutation.

C'est que le 19e siècle a vu se dérouler de nombreux bouleversements en France : le pays est passé par plusieurs régimes politiques et voit son élite sociale se déplacer d'une noblesse parée de toutes les vertus, mettant l'honneur en premier plan, à une grande bourgeoisie, valorisant le succès économique. 
Tout cela ne se passe pas sans frictions : Dumas montre les hypocrisies de ces classes obsédées par l'apparence de l'honneur et la toute puissance montante de l'argent. 
Ainsi, l'économie occupe une place centrale dans ce roman et l'on ne manque pas de s'étonner de l'aspect immatériel de la monnaie scripturale. L'auteur mentionne des investissements dans des mines d'argents à l'étranger, dans des chemins de fer... L'un des personnages centraux, Morrel, est un armateur...

Quant à la vengeance, il ne s'agit pas d'un simple règlement de compte brutal : l'abée Faria, compagnon d'infortune du château d'If, qui tient le rôle de professeur et éducateur pour Edmond Dantès, pose - sans le savoir - les limites morales de la vengeance, dans le refus de frapper des gens qui ne sont pas la cause directe de leur malheur à propos de leur projet d'évasion. 

Le héros, par certaines péripéties, se voit à plusieurs reprises rappelé que sa vengeance ne doit pas dépasser un certain cadre (dont Valentine par exemple sera sauvée de l'indifférence du comte de Monte Cristo, grâce à l'amour de Maximillien Morrel).

Edmond s'investira dans le rôle de la Providence divine de façon à punir les coupables - par là où ils ont péché - d'une "juste vengeance" (voie étroite s'il en est) . 
Ainsi Morcef, cet homme "d'honneur" qui a basé sa fortune sur une félonie est puni par le déshonneur...Ou Villefort, procureur et "parangon de justice", qui a assit sa carrière sur une injustice, se voit rattrapé par un crime, et de Danglar, riche par sa corruption et collusion, plonge dans la banqueroute...
L'oeuvre prend alors des aspects de dénonciation d'une époque et de ses faux-semblants.

Et enfin, dévoré par ce besoin de vengeance et ayant passé une partie importante de sa vie à la préparer et l'exécuter, Dantès est une âme perdue dont le salut provient de l'amour d'une femme, Haydee. Providence encore et toujours.


Le comte de Monte-Cristo ? Un grand roman à lire, assurément.

vendredi 21 juin 2013

Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer





Quatrième de couverture =  Oskar, 9 ans, est surdoué, ultrasensible, fou d’astrophysique, fan des Beatles et collectionneur de cactées miniatures. Son père est mort dans les attentats du World Trade Center en lui laissant une clé. Persuadé qu’elle expliquera cette disparition injuste, le jeune garçon recherche la serrure qui lui correspond. Sa quête désespérée l’entraîne aux quatre coins de la ville où règne le climat délétère de l’après 11 septembre.

Message de l'éditeur : Certaines pages de cet ouvrage sont en surimpression. Il ne s'agit pas là d'un problème d'impression mais d'un effet voulu par l'auteur.




De Jonathan Safran Foer, j'ai toujours lu ses livres avant de voir les adaptations filmées, bien que ce soient ces dernières qui m'aient alerté de l'existence de ces romans.

Celui-ci comporte un certain nombre de similitudes avec "tout est illuminé", mais de la à dire qu'il s'agisse du même roman, c'est un pas que je ne ferais pas.

L’œuvre raconte plusieurs histoires d'amour : celle de la grand mère d'Oskar avec son grand père, celle de la grand mère avec son petit fils et l'amour que porte Oskar envers son père. Ce dernier va entamer une quête pour retrouver l'origine d'une clé qu'il a trouvé dans les affaires de son père. Ce voyage initiatique l'aidera à faire son deuil.

Comme toujours, l'auteur est un magicien des mots : dans ses romans il fait intervenir des personnages mal à l'aise avec la langue, pour mieux manipuler cette dernière, la déformer pour apporter un côté touchant et poétique. Et si nous n'avons pas l'équivalent traduit de "broken english" dans cette œuvre,  Jonathan Safran Foer fait intervenir un enfant et adapte son langage.

La structure narrative est également éclatée : nous suivons chapitre par chapitre un narrateur différent, sans toujours connaître au début son identité.Cependant tout s'éclaire ensuite.

Autres motifs récurrents, ces histoires d'amour s’entremêlent avec la douleur d'événements dramatiques, celle de la guerre ; et les jeunes générations portent le poids, parfois sans le savoir de cette Histoire douloureuse*. Grandir et murir nécessite de la dépasser.

Au final, "Extrêmement fort et incroyablement près" est une histoire touchante que je recommande.

*****

"(...) la distance qui se logea entre moi et mon bonheur n'était pas le monde, ce n'étaient pas les bombes ni les bâtiments incendiés, c'était moi, ma pensée, le cancer de ne jamais lâcher prise (...)"

*****


*Dans "tout est illuminé", les juifs d'Europe de l'Est et dans "Extrêmement fort et incroyablement près", les allemands de Dresde

mercredi 10 octobre 2012

Les jeux de la nuit de Jim Harrison, Edition Flammarion



Prêté par C., une amie. qui trouvait la lecture de  l'auteur sans doute plus orientée pour les garçons...Il faut dire que ça baise à tout va (ou on y pense tout le temps), pardonnez moi l'expression. Mais chez l'auteur, rien de graveleux, cela m'apparaît surtout comme l'expression de l'élan vital de l'humain et les sentiments ne sont pas absents des relations entre les êtres.

Le style est beau et l'auteur représente toute ce que j'aime dans cette génération d'écrivains américains modernes qui placent l'action de leurs romans dans les états américains du middle west (centre) comme le Montana...Wikipédia nous apprend même l'existence d'une "école du Montana".

Les jeux de la nuit est donc composé de trois longues nouvelles :

La première suit le parcours d'une jeune fille dont le passage à l'âge adulte ne se fera pas facilement à la suite d'un viol... Dans cette histoire, l'auteur s'interroge sur la place des femmes dans cet environnement du middle west où les grands espaces peuvent autant constituer une source d'enfermement que dans un environnement urbain restreint. Ma nouvelle préférée.

La nouvelle suivante s’intéresse à un personnage récurrent de l'auteur, Chien Brun, métis de "native american", une âme simple en communion avec la nature, à la recherche de l'amour. Bien sympathique.

La troisième nouvelle est une "relecture" du mythe du loup-garoup (mais rien de vraiment fantastique dedans, juste une interprétation). Et paradoxalement, la nouvelle la plus décevante pour un amateur de fantastique (le pitch est un peu facile avec un loup garou représentant des pulsions de l'homme...Bof).

Au final, si cela n'est pas le meilleur ouvrage de l'auteur, j'ai apprécié la première nouvelle, trouvé la suivante sympathique et la dernière m'a vaguement ennuyé. Elles ont toutes en commun de parler de marginaux issus des environnements les plus sauvages des US'.

mercredi 4 juillet 2012

Le capitaine Fracasse de Théophile Gautier



Oui, j'avoue. J'ai aimé les films de capes et d'épées.Et Jean Marais aussi. Et Bourvil dans un rôle étonnant en valet. Et le masque de fer. Et les livres aussi : au collège, j'ai dévoré Les trois mousquetaires, Vingt ans après, Le vicomte de Bragelonne... intercalés par le gambit des étoiles et la trilogie des tripodes, il est vrai.

La période estivale est donc idéale pour alterner des romans non fantasy/SF avec les lectures traditionnelles,  ces dernières pouvant faire l'objet d'un retour aux sources. Ici, il s'agirait presque d'un défi personnel : retrouver ces références littéraires et cinématographiques flamboyantes. Aussi je serais preneur si vous avez des propositions de lectures...

Passons au cœur du sujet, un premier retour avec le capitaine Fracasse de Théophile Gautier : tous les ingrédients sont présents pour un bon cru de cape et d'épée : duels, enlèvements, bravoure gentilhommière, troupe de théâtre et masques,guet-apens, brigands, amours contrariés, "coup de théâtre" outrancier - de nos jours un tel cliché... 

La situation de départ : le jeune baron de Sigognac à l'époque de Louis XIII est un noble sans un sou avec un château tombe en ruine, et un unique serviteur "le vieux Pierre". Un jour il offre l'hospitalité à une troupe de théâtre, laquelle va lui proposer de partir tenter sa chance avec elle. Ce sera le début des aventures du comte de Sigognac, sous les traits du capitaine Fracasse...

Dans ma lecture, je regrette toutefois mon édition, une version "junior" adaptée par Frédérique Sauvage aux éditions Lito Paris (collection junior poche - 1985) rescapée de ces années d'école pas si tendres que cela.
En fait, je soupçonne la version abrégée d'être la cause d'un découpage des scènes ne rendant pas toujours facile à suivre l'histoire.
Je retenterais sans doute une nouvelle lecture dans quelques temps avec une version en ligne de l'original.

A noter les illustrations charmantes de  Giovanni Giannini.

A quand de nouvelles lectures des 3 mousquetaires et du capitaine Alatriste...

jeudi 19 avril 2012

O solitude de Catherine Millot


Si je n'ai pas l'habitude de la "grande littérature", j'aime bien avoir l'occasion de sortir de temps en temps de mes habitudes car, par nature, je choisirais le plus souvent un livre dans le genre du polar ou des littératures de l'imaginaire.

Les lectures des autres ou des rencontres "au fil du net" sont une source d'inspiration pour une PAL alternative. Le processus a quelque chose de la sérendipité et m'a permis de découvrir notamment John Irving, Jim Harrisson et ces derniers temps Jonathan Safran Foer .

Ce livre m'a ainsi été recommandé par K une amie qui apprend le français et C, une autre amie, me l'a prêté.


*****


O Solitude est une "autobiographie" mise en scène (le je est celui de l'auteur, du narrateur et du héros). Sommes nous dans l'autofiction ? Je ne saurais le dire, je suis peu familier du genre.

Au premier contact, le style est vraiment plaisant, assez charnu. L'auteur écrit bien.

Sur le contenu, il s'agit de l'intellectualisation du sentiment de solitude vu par une femme des beaux quartiers : des voyages sont réalisés (le voilier en Italie, par exemple), certains lieux sont fréquentés comme la place du Trocadéro, les cafés de Saint Germain (comme la coupole...), certaines soirées sans doutes "en vue"... A un moment il y a le regret de ne pas avoir une cuisinière alors que l'on doit se contenter des restaurants... Nous sommes bien loin du pavillon de banlieue ou du Mac-Donald comme lieu de scène et les contingences matérielles ne sont pas les mêmes.

J'avoue que le contexte social de cette autobiographie m'éloigne de l'identification que je pourrais faire avec l'histoire de l'auteur. Les thèses relatives à la solitude auraient eu plus de force dans le cadre d'une fiction - par son caractère symbolique - même avec des personnages des hautes sphères*.


Mais le "je" ici a sans doute beaucoup à voir avec un certain narcissisme et cette série d'énumérations de soirées avec des lieux ou noms - semble-t-il - connus.

Chez l'auteur, la solitude est d'abord une solitude subie, issue du sentiment de perte après l'échec amoureux. Avant de passer vers une solitude positivée, puis désirée et mise en valeur par une activité artistique et intellectuelle.
 

Au final, je ne saurais dire si cet ouvrage es réussi ou non, mais j'ai trouvé qu'il restait dans un entre-deux (ni fiction, ni essai) et n'était donc pas pour moi, même si  je ne regrette pas l'expérience.


Ainsi, je pense que la fiction aurait mieux servi les thèmes mis en valeurs. Il me semble que la fin est également abrupte. Le développement sur Hudson m'a laissé dubitatif : ce qu'il recherchait était peut-être plutôt la liberté, l'absence de contrainte, la solitude n'étant qu'un corrolaire.


*****


* Cependant C est d'un avis contraire et se sent plus proche de cet univers socialement différent grâce à ce je intériorisé.



lundi 19 mars 2012

Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer


Quatrième de couverture : Situé de nos jours, en Ukraine, ce livre raconte les aventures d’un jeune écrivain juif américain – « Jonathan Safran Foer » – en quête de ses origines. Guidé par un adolescent semi-illettré, Alex, par un vieillard et un chien, il sillonne la région à la recherche des vestiges d’un mystérieux village détruit par les Nazis.
Mais soudain le récit bascule, et nous voici projetés dans un autre monde : du 18 mars 1791 au 18 mars 1942, c’est la chronique terrible et fabuleuse d’un shtetl appelé Trachimbrod qui se déroule sous nos yeux – un shtetl qui n’est peut-être que la version légendaire du mystérieux village... Peuplé d’enfants trouvés, de rabbins kabbalistes, d’amoureux en proie à la fureur érotique, cet admirable roman s’inscrit dans une tradition où la bouffonnerie est souvent l’ultime expression du sacré. Mais c’est aussi un tour de force littéraire d’une stupéfiante modernité.
Passant avec allégresse du religieux au profane, du rire aux larmes et du broken English au grand style, Tout est illuminé est un acte de foi envers le Roman, dans toutes ses dimensions.
En Ukraine, un écrivain juif américain est à la recherche de ses origines, aidé d'un adolescent, Alex, d'un vieillard et d'un chien nommé Sammy Davis junior. Ils sont en quête d'un village détruit par les nazis en 1941. C'est alors que le récit bascule, pour raconter l'histoire d'un shtetl, Trachimbrod, de 1791 au 18 juin 1941.

"Tout est illuminé" m'est tombé dessus presque par voie détournée, à la suite de la découverte de l'adaptation au cinéma du roman. Surprenante bande annonce, si bien mise en valeur par la musique de Devotchka. Il me fallait lire le livre. Celui-ci fut bien différent de ce que j'avais pu imaginer. En effet, l’œuvre est complexe et  ne se laisse pas aisément enfermer dans une analyse synthétique : d'autres chroniques mettraient en avant des aspects ou un ressenti bien différent de ce qui pourrait être relaté ici.

Formellement, le roman est une alternance, d'une part, de lettres et de témoignages écrits dans un anglais approximatif ("broken english") par un ukrainien, Alex,  à un américain juif, Jonathan Safran Foer à la recherche de ses origines en Ukraine, et, d'autre part, de la chronique poétique de Jonathan sur l'histoire d'un Shtelt, village juif local.

L'histoire proprement dite se déroule sur deux lignes temporelles, celle du voyage de Jonathan - alors qu'Alex lui servait de guide avec son grand père - et de ses conséquences sur les protagonistes, et celle de l'histoire des ancêtres de Jonathan dans le shtelt, de la fin du 18e siècle à la seconde guerre mondiale.

Après un instant de désorientation, la lecture des parties attribuées à Alex n'est jamais pesante et révèle autant la maitrise du langage de l'auteur que la grande qualité de la traduction ... En effet, s'il m'est déjà arrivé de lire des textes de personnes qui voulaient "ré-inventer" la langue, le résultat était souvent atroce, ou en tout cas "il piquait les yeux".

Ici, le décalage de langage de l'ukrainien, semble choisi avec attention, toujours avec sa cohérence propre, millimétré. En vérité, pour arriver à ce niveau là il est nécessaire d'avoir une grande maîtrise du style.

Quant à la partie relative à l'histoire du village, elle possède quelques très beaux passages au service d'une histoire dont le lyrisme n'est pas absent.

De l'espace, les astronautes voient les gens qu font l'amour comme de minuscules granules de lumières. Pas de lumière, précisément, mais une lueur qu'on pourrait prendre pour de la lumière, un rayon coïtal qui met des générations à se déverser comme du miel à travers l'obscurité jusqu'aux astronautes.
Au bout d'un siècle et demi environ - après que les amants qui produisirent la lueur seront depuis longtemps couchés en permanence sur le dos - les grandes villes seront visibles de l'espace. Elles luiront toute l'année. Les villes de moindre importance seront elles aussi visibles, mais avec beaucoup de difficulté. Les shtelts seront quasiment impossibles à détecter. Les couples isolés, invisibles.
*****
L'amour dans ton écriture, est l'immuabilité de la vérité. Brod n'est véritable avec rien. (...) Tout est à un monde de distance du réel.

Si le voyage est l'occasion de s'interroger sur ses racines pour construire son identité, passion américaine s'il en est,  d'autres niveaux de lectures semblent possibles, à l'instar de Macbeth et cet emboîtement de pièces de théâtre. La relation entre Jonathan, apprenti écrivain, et Alex laisse apparaître la construction d'un roman sur ce voyage, lequel est l'occasion de voir émerger certaines interrogations : le sens (et la légitimité ?) de la vérité derrière les mots en dehors de l'expérience sensible des "témoins de l'histoire", la possibilité d'un travail sur la mémoire ainsi que l'héritage que cette mémoire laisse. Aussi, la quête par Jonathan de la femme qui aurait sauvé son grand-père des nazis apparaît presque secondaire.

Les juifs ont six sens.
Toucher, vue, goût, odorat, ouïe... mémoire. (...) Quand un juif rencontre une épingle, il demande : Quelle sensation produit son souvenir ?

La dernière page tournée et le livre refermé, il reste une œuvre, habitée par un humour rempli d'une certaine gravité, le seul moyen d'exprimer le plus justement possible la tristesse qui traverse les personnages et les événements relatés. Et l'amour... Mais au final tout est illuminé...


A noter que l'auteur, végétarien convaincu semble-t-il,  a également publié "Faut-il manger les animaux". Quelques unes de ses convictions se retrouvent d'ailleurs dans le personnage de Brod (p96-97). Critique de l'ouvrage sur reflets de...