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dimanche 3 février 2019

CP : Altered Carbon la série



où quand de bons ingrédients font une mauvaise soupe

Encore une Chroniques Perdues (CP), un brouillon inachevé d'échos du passé...

J'avais beaucoup apprécié le roman Carbone Modifié (Altered Carbon) de Richard Morgan, ainsi que ses deux suites... Et attendait avec un à priori favorable l'arrivée de l'adaptation en série sur Netflix...

Pour être d'abord séduit par l'aspect et le rendu visuel du premier épisode, avec un "pourquoi pas" dans les épisodes suivants pour déchanter progressivement avec un basculement à l'épisode 5, et ensuite me demander "ce que je foutais là" pour finir par faire avance rapide sur le dernier épisode.

Cette série est sans doute exemplaire pour montrer ce qu'il ne faut pas faire quand on prend un matériel originel pour l'adapter dans un autre média : ne prendre qu'une partie de ses thèmes essentiels, changer la psychologie de ses personnages (ou en inventer d'autres), leur histoire et leurs relations... Pour se retrouver avec une série vaguement inspirée sur la forme de son oeuvre séminale.

Concernant le casting, les acteurs ne sont pas mauvais (à l'exception de Kristin Lehman, l'actrice de Myriam Bancroft qui me semble peu adéquate pour un rôle peu présent dans l'histoire originelle, mais pourtant essentiel), mais mal dirigés ou mal servis par l'écriture de leur rôle. Le développement du rôle de l'IA gestionnaire d'un hôtel est toutefois une bonne idée scénaristique - une des rares - et incarnée par un bon acteur.

L'un des premiers péchés des producteurs de cette chose, est d'avoir voulu rendre essentiel la thématique de l'hybris des puissants de ce monde qui ont accès à toutes les ressources de l'immortalité, en la croisant avec les interrogations sur les religions et le bien fondé de cette technologie qui peut transférer la personnalité d'un individu dans un nouveau corps. 

Alors que la série originale est portée sur une dimension et réflexion sur le pouvoir, l'autorité et ses abus, la  révolte et comment reprendre le pouvoir...


Cette thématique est appuyée de façon bien lourde dans plusieurs scènes :  comme Laurens Bancroft qui prend des allures de figures christiques en distribuant directement de l'aide alimentaire à des personnes contaminées...

Ou le dialogue suivant (de mémoire totalement inexistant dans l'oeuvre originale) :

-Etes vous croyant?

-Je crois que ma soeur se sert de vous.

-Vous lui manquez de respect.

-Les Maths et le respect, c'est maladif.Ce sont juste des Maths pleins aux as, qui ne font pas leur âge.
- Vous ne comprenez pas Monsieur Kovacs.
- Je vous vois venir.
- A travers l'histoire, nous avons prié des Dieux. Implorés leur miséricorde et leur protection. Symbôles du soleil et du ciel. Du sang et de la guerre. Les dieux d'Abraham, de Mahomet, du Christ ou de Krishna. Tous silencieux.
- Attaquez moi je vous en prie. Ce serait moins douloureux.
- Pour la première fois ils répondent à nos prières.
- Ce ne sont pas des dieux, même s'ils aiment à se le répéter.
- Leur pouvoir est absolu et ils ne connaissent pas la mort. Que seraient-ils d'autres?
Le deuxième péché est celui d'avoir changé des caractères de personnages, en avoir créé d'autres pour appuyer encore plus cette thématique précédente avec Quellcrist Falconer ou "la soeur du héros". Ou bien le caractère larmoyant de Takeshi dans cette itération bien plus larmoyante qu'à l'origine...

Ensuite ne parlons pas des Diplos qui deviennent des terroristes dans la série...

En conclusion, avec tous les choix scénaristiques (dont la plus part étaient inutiles), les producteurs de la série ont réussi à changer un excellent matériel originel en une soupe insipide et conventionnelle qui se dévoile à partir de l'épisode 5, avec histoire d'amour à la clé...

Mais mieux que ce bref brouillon inachevé, lis, relis le livre et regarde ce qu'en pensent les gars du Nexus VI, citoyen : ICI.

vendredi 14 avril 2017

ghost in the shell : une digestion hollywoodienne en manque de génie



Synopsis : Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

- Attention : quelques spoilers -

Ghost in the shell ou 攻殻機動隊, Kōkaku kidōtai, est une une oeuvre colossale de la SF cyberpunk des années 90 : d'abord un manga (89-97) de Masamune Shirow, puis des déclinaisons animées dont le premier film au cinéma de Mamoru Oshii....Avec ses divers opus, il constitue un univers original mais comportant quelques incohérences toutefois.

J'ai eu l'occasion d'aller voir l'adaptation "live", réalisée par Rupert Sanders en 2017 - à qui l'on doit également Blanche Neige et les chasseurs (une grosse production hollywoodienne standard) -. J'étais assez dubitatif avant de rentrer dans la salle de cinéma, m'interrogeant sur la capacité à matérialiser en cinéma US cette oeuvre colossale de la SF cyberpunk qui fusionne les problématiques d'alors : sociétés hypertechnologiques, éclatement du pouvoir politique, émergence des cyborgs et IA...

Il faut avouer aussi que j'avais été très étonné en découvrant le casting, avec au premier plan Motoko jouée par Scarlett Johansson - la crainte d'y voir un white washing, ne me rassurait pas non plus * -.
J'ai toutefois souri à Takeshi Kitano en vieux badass et apprécié sa présence**, m'évoquant ses anciens rôles de porte flingues... Juliette Binoche n'était pas désagréable non plus.

J'en suis ressorti partagé avec le sentiment d'avoir assisté à une assez bonne digestion hollywoodienne, mais en manque de génie.

D'abord la réalisation, de nature vidéo clipesque, qui achoppe sur la longueur des scènes et créé le plus souvent des vignettes successives sans permettre au spectateur une immersion véritable, ce qui faisait la force du film animé de 1995.

A l'intérieur de ces vignettes, la ville du futur (avec des faux airs de blade runner) est fortement mise en valeur, comme un personnage à elle toute seule... Et parfois trop, en surreprésentation, gâchant encore plus les moments d'immersion nécessaire, comme la scène où Mokoto plonge dans la baie.

Aussi, la présence des interdits hollywoodiens atténue le sens et les thématiques du film. Un exemple : le remplacement du corps nu (en apparence très humain) de Mokoto Kusanagi par une combinaison, dans la première scène d'action. La pruderie en vogue applique ainsi un filtre à une oeuvre géniale, en oubliant le point important : la vision de ce corps nu, très humain en apparence, constituait une représentation symbolique de l'atténuation des frontières entre l'homme et la machine. 



Le film possède également la volonté de prendre en main le spectateur, de lui donner toutes les clés du monde par des textes de mise en contexte ou des explications données par les personnages. L'immersion est encore une fois sacrifiée sur l'autel de la compréhension de tous.

Quant à l'histoire nous retrouvons les inconvénients de cette digestion imparfaite avec un scénario qui semble prendre des éléments des différents opus et impose une vague d'histoire d'amour, ou apporte une vision plus manichéenne des dangers de la technologie (polarité entre excès de la technologie et rebelles). 

Le scénario fonctionne en tout cas, et hors de contexte des oeuvres originales, nous aurions un assez bon film de SF bien formaté grand public : les images sont jolies, le casting joue bien, l'histoire se déroule sans accrocs

Quant au sens de l'oeuvre, le film se détourne du propos de ses prédécesseurs, avec une Mokoto amnésique, obsédée par la recherche de son passé, clé de son identité, lui permettant de définir ce qu'elle est (cadré par deux phrases sentencieuses de Binoche et Kitano), nonobstant son caractère de cyborg.

L'histoire appuie d'ailleurs un rôle d'asservissement donné par la technologie : celui des puissants qui la maitrisent.

A l'opposé, le film d'animation de 1995 se positionnait beaucoup plus dans la recherche de la nature humaine dans ces sociétés hypertechnologiques (la fusion entre l'IA et Mokoto dans cette fiction tiens plus de l'évolution dans la continuité).

Hollywood s'est sans aucun doute mépris sur le sens à apporter aux oeuvres précédentes, peut-être par manque de connaissances du contexte culturel nippon.

C'est qu'au Japon il n'y a pas de rapports hostiles à la technologie (à l'inverse de l'occident) : cela se remarque dans les fictions et légendes et légendes (ici : le golem, l'île du Dr Moreau, le monstre de Frankenstein, terminator, etc...) ou les religions qui influent sur le rapport au monde (le shintoisme, dans lequel toute chose peut receler un kami VS les religions du livre qui opèrent une frontière bien nette entre l'homme et le reste).

En conclusion, si l'adaptation hollywoodienne a échoué à transposer l'âme de l’œuvre originelle, elle constitue une itération formelle simplifiée mais intéressante.

* mais "ce visage" peut trouver une explication avec le scénario.
** Kitano est l'unique acteur parlant en japonais dans tout le film. Cette curiosité n'a pas facilité la séance pour certains amis (japonais).

vendredi 28 décembre 2012

True skin

Le retour du cyberpunk ?

Un court métrage qui a retenu l'attention d'Hollywood pour une extension potentielle.


TRUE SKIN from H1 on Vimeo.

dimanche 17 juillet 2011

Cablé +


Mot de l'éditeur = Etes-vous câblé ? Comme Cow-boy, l'ancien pilote de chasse aux yeux sensibles aux infrarouges ; comme Sara toujours prête à se débarrasser de ses ennemis en utilisant le cybercobra lové dans sa gorge ; comme Reno, décédé mais toujours vivant dans l'Interface ? Si ce n'est pas le cas, comment espérez-vous survivre à la menace que représentent les orbitaux ? Le cycle de Câblé - deux romans, deux longues nouvelles, réunis ici sous le titre Câblé + - est l'une des œuvres majeures du cyberpunk, un western orbital et informatique dénué de temps morts, écrit quinze ans avant la trilogie Matrix.

L'ouvrage est une compilation de deux romans (Cablé & Le souffle du cyclone) et deux nouvelles (perspective érogène & solip système), censées se passer dans le "même univers" de l'auteur. Seule la nouvelle perspective érogène est inédite. J'avais déjà lu le premier roman cablé à sa sortie française il y a des années mais ne connaissais pas les autres œuvres en question.

# Cablé (1986)

L'histoire suit le destin de deux personnages Cowboy (pilote interfacé) et Sarah (mercenaire) dans une Amérique futuriste en déliquescence à la suite de la défaite de la Terre contre les orbitaux, anciennes colonies spatiales devenues indépendantes. Celles-ci sont composées de "blocs" - les inévitables "corpos" -, lesquelles ont historiquement déplacé leurs sièges (et donc centres de pouvoir) dans l'espace, à l'abri derrière une forme d'extra-territorialité. Elles sont réunies autour d'un "soviet orbital" qui semble assurer les règles du jeu des corporations.

A la lecture de l'ouvrage, je ne pouvais m'empêcher de comparer l'auteur avec le "père" du genre, William Gibson :

Si l'auteur de Neuromancien, considéré comme l'inventeur du cyberpunk, est un écrivain inventif, il pèche toutefois par un style et une intrigue portés vers le "flou artistique".

Force est de reconnaitre qu'il en va tout autrement de Walter John Williams qui, tout en ayant intégrés les constituants du cyberpunk, possède un certain style et une maîtrise de l'intrigue bien supérieure.

Sur la forme du roman, l'auteur alterne les temps du passé pour les souvenirs avec le présent pour la narration actuelle avec une certaine facilité qui sert le texte et dévoile de belles descriptions de personnages crédibles et profonds, même s'ils se fondent dans le moule archétypal du genre (1).

Quant au fond, la quatrième de couverture fait référence à une sorte de western. Celle-ci apparaît dans la première partie du roman, mais les influences qui viennent à l'esprit se porteraient plutôt vers la  tradition du road movie/mythe de la route. On pense ainsi aux culbuteurs de l'enfer de Roger Zelazny par exemple. La seconde partie de l'histoire est plus classique et emprunte au roman noir. Le roman s'achève avec un côté "étoffe des héros" assez plaisant.

Dans cablé, chaque personnage est à la recherche de sa liberté dans un monde "marchandisé" à outrance : Cowboy se sent libéré dans la vitesse et la conduite, Sarah tente d'échapper à la rue pour trouver une forme de liberté (peut-être en orbite ?). Ils rencontrent notamment un groupe de bikers nihilistes qui possèdent leur propre définition de la chose.

L'intrigue et l'univers sont intéressants et clairs. Tout au plus pourrait-on reprocher à l'auteur de ne pas avoir approfondi la naissance des blocs orbitaux en tant que nations : le processus de l'indépendance d'une fédération de conglomérats, déconnectée de la Terre, qui ensuite déclare la guerre à la terre (et n'hésite pas à envoyer des astéroïdes sur la planète terre) apparaît un peu artificiel.

Cependant les amateurs exigeants de romans de cyberpunks et de personnages à la psychologie travaillée trouveront leurs compte dans cette excellente lecture.

Parallèle : L'opposition entre la terre et ses ex colonies spatiales à présent indépendantes, évoque la série d'animation Fantôme 2040.

# perspective érogène (1991)

Si le thème de cette nouvelle n'est pas la liberté, elle en constitue une sorte de prolongement : En parlant de tatouages, un ami (ancien "huitard") disait qu'aujourd'hui la dernière liberté était de pouvoir altérer le corps qui nous a été donné à la naissance. Le cyberpunk va plus loin dans la réflexion et imagine un futur où les altérations corporelles sont courantes et ont pour but l'amélioration des capacités humaines ou la modification de son apparence par des implants. La liberté de modifier son corps devient alors totale. Sauf que ce corps devient alors une zone "marchandisable" et les implants qu'il comporte représentent des marques.

La nouvelle semble prendre cadre le même univers, même si elle n'est pas explicitement raccrochée à lui. Le docteur Talbot est un chirurgien esthétique ("remodeleur corporel"),qui prépare dans une simulation de réalité virtuelle la prochaine opération de la plus grande vedette du moment : Babette. Les simulations d'opérations sur des stars suscitant la convoitise de certaines personnes, l'opération devra se faire dans le plus grand secret.

Le sujet, son traitement percutant (1991 !) et la chute surprenante en font une nouvelle bien sentie et qui n'a pas pris une ride (2)...

# Solip : system (1989)

La nouvelle suivante revient sur un autre cliché cyberpunk, celui de l'enregistrement des personnalités informatiques (ici dans un cristal liquide), et touche ainsi encore la réflexion sur la liberté de l'esprit, lequel peut être enregistré, effacé, modifié à l'instar d'un programme informatique.

Attention spoiler : A la fin du roman cablé, l'Esprit noir est utilisé pour remplacer la personnalité de roon, nouveau maitre de Tempel pharmaceutic, par celle de Réno, esprit informatique prisonnier du réseau. La nouvelle solip system revient sur son devenir et ses manœuvres pour libérer la terre des orbitaux.  L'auteur soigne toujours ses personnages et le lecteur ressent bien le désarroi de Réno qui se demande si le transfert de personnalité n'a pas été complet et si il reste un peu de roon en lui. Cependant, passées les questions existentielles et un début de description des sociétés orbitales, l'on reste un peu sur sa faim (3) quant à l'intrigue et son déroulé inexorable.

Parallèle : la série Takeshi Kovac de Richard Morgan (et ses piles corticales & enveloppes).

# Le souffle du cyclone (1987)

Le mot de l'éditeur = Steward est un Bêta, un clone.
Mais avec un trou de mémoire de quinze ans parce que son Alpha n'a jamais pu enregistrer une mise à jour de ses souvenirs. Et en quinze ans, il s'en est passé des choses : la polispatio qui l'avait engagé comme mercenaire s'est effondrée ; les colonies de la sphère humaine se sont entre-déchirées dans une guerre meurtrière pour s'approprier les richesses abandonnées par une race extraterrestre inconnue ; ces extra terrestres sont revenus à l'improviste, engendrant chez certains humains une adoration étrange et suspecte ; et surtout : Steward I a été assassiné.
Steward II découvre alors qu'il est au centre d'une intrigue complexe, l'enjeu, et peut-être le pion, de rivalités économiques et politiques entre colonies orbitales et policorpos de ce futur pas si lointain où les multinationales sont devenues des Etats.

*****

Le créateur conçu le souffle du cyclone quand l'éditeur lui demanda s'il pouvait en faire une suite à cablé car les suites se vendent plus.

Et le créateur vit que cela était bon. Et beau moralement. 

Et le cyclone souffla à la suite du cable...

*****

Ce roman, raccroché à l'univers de cablé, se déroule quelques générations plus tard. Le héros d'origine française... boit de la genièvre, est marseillais et accessoirement ancien membre d'un gang puis d'une troupe de mercenaires. Enfin son original -l'alpha-, pas le béta. Le béta est une "assurance", un clone qui disposera de la mémoire totale de l'original jusqu'au dernier enregistrement. Les personnages sont profonds et l'univers dévoilé complexe et intéressant. Que dire de plus que la quatrième de couverture ? Qu'il existe des extra-terrestres, "les puissances", qui ressemblent à des centaures avec une tête de baudruche ?

L’œuvre est intéressante pour l'éclairage qu'elle apporte sur les conséquences psychologiques que subissent ces doubles disposant d'une mémoire, mais distincts des originaux. En un sens, leur passé de leur appartient pas : ils sont liés par la mémoire de leur original et doivent sans doute "tuer le père" pour pouvoir devenir libres, et donc maîtres de leurs destin. C'est un niveau de lecture qui peut apparaître dans ce roman.

Parallèle : Anges déchus, le volume 2 de la série Takeshi Kovac de Richard Morgan (pour la récupération des  objets extra-terrestre)

*****

Au final nous nous retrouvons avec un recueil de qualité*, et qui conserve sa cohérence,  même si les œuvres qui le composent ne sont pas toutes explicitement dans le même univers. Il offrira ainsi au lecteur un panel complet de l'évolution du genre cyberpunk (4) servi par une belle plume. Que demande de plus le peuple ?

*****
(1) "le fou de vitesse" (panzerboy) et la mercenaire, tous deux "cablés", c'est à dire disposant de prothèses cybernétiques.
(2) ne me jetez pas la pierre... 
(3) un soupçon d'ennui ?
(4) de ses débuts à sa fin, par l'intégration des éléments qui le constituent dans la SF en tant que telle dans le dernier roman, nommé "post cyberpunk" par certains.
* malgré un bémol pour solip système et une intrigue un peu en deçà pour le souffle du cyclone.

dimanche 24 avril 2011

Mindstar de Peter F Hamilton


Quatrième de couverture = Bienvenue au XXIe siècle. Le réchauffement climatique est irréversible.
Après diverses catastrophes, un libéralisme effréné règne sur notre planète et les grandes compagnies détiennent désormais le pouvoir. Dans un tel environnement, un homme averti peut très bien tirer son épingle du jeu. Un homme comme Greg Mandel, ancien soldat d’élite de la brigade Mindstar et doté d’un implant biotechnologique qui fait de son intuition une arme redoutable. Pendant que les cartels se disputent sans merci une nouvelle source d’énergie révolutionnaire, la tension atteint son paroxysme… et Greg Mandel va affronter l’épreuve ultime.

Mindstar est le premier roman  de Hamilton, paru en 1993 en Angleterre mais traduit en français en 2010, sans doute après le succès de titres tel que la série l'étoile de Pandore. Il fait partie d'une trilogie se déroulant dans un univers cyberpunk, sous-genre romanesque de la SF né pendant les années 80.

Sur le cyberpunk :

Les romans issus de ce courant décrivent un futur proche caractérisé par une crise des valeurs :
- Sociétés désorganisées (disparition ou affaiblissement de l'Etat);
- Questionnement sur l'identité de l'Homme tandis qu'il utilise de plus en plus la technologie pour dépasser ses limites (implants biologiques ou techniques...).

Les univers cyberpunk présentés sont ainsi dystopique, mais cette caractéristique fonctionne plutôt comme un décor qu'un but en soi : le propos tient plutôt du roman noir policier pour l'intrigue.


En un sens, la traduction du roman arrive bien tard, le cyberkpunk n'existant plus  en tant que tel,  même si ses composantes ont été intégrées dans le courant principal de la SF depuis. L'impact aurait donc été bien plus grand pour le lecteur à l'époque de sa parution britannique que 17 ans plus tard.

Aujourd'hui certaines références de marques, "autrefois à la pointe", feront sourire les trentenaire et plus : des terminaux "Olivetti" ou "Commodore", des projecteurs "Amstrad" et quelques "crays" qui se baladent...

Toutefois ne boudons pas notre plaisir : la lecture de Mindstar opère un retour dans le temps agréable pour une histoire classique et efficace : on y retrouve d'une part tous les ingrédients nécessaires au genre cyberpunk de l'époque (désorganisation sociétale et pouvoir des sociétés privées, implants, IA - d'une certaine façon -) et d'autre part une intrigue et action nerveuse et bien menée (privé chargé par une "corpo" d'enquêter sur certains problèmes, épaulé par un réseau de contacts...).

Tout au plus pourrions nous émettre une réserve quand au background du roman un peu simpliste  : le grand méchant socialisme profita du chaos apporté par le réchauffement climatique pour prendre le contrôle du pays et amener à sa tête un nouveau camarade Cromwell. L'histoire prend place à la suite  de la restauration de la royauté britannique et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement plus traditionnel. Les références un peu démonstratives aux bienfaits du libéralisme, il est vrai à la suite des dégâts d'une économie "soviétisée", restent appuyées et irritantes (1).

En conclusion, une lecture à conseiller pour les amateurs d'un roman classique de la bonne époque du cyberpunk.



(1) pour un lecteur relativement a-politisé tel que moi.


vendredi 20 août 2010

La grande rivière du ciel (Great sky river) de Gregory Benford



Si je n'avais jamais lu Benford auparavant, la faute à qui?

Aux couvertures aussi sexy qu'une pierre tombale de la collection livre de poche SF ?

Au fait que l'auteur publie peu, n'est pas systématiquement traduit ou mis en avant ?

Un peu de tout cela peut-être.

Paru en 2003 en France (87 aux USA), "la grande rivière du ciel "(Great sky river)  trouvé ces derniers temps chez mon bouquiniste fut l'occasion de remédier à cette ignorance.

Gregory Benford (né le 30/01/1941) est un écrivain de Science-Fiction, plus particulièrement de hard-science-fiction (mais keskessé?). Normal, c'est aussi un scientifique. Un écrivain (de SF) - scientifique donc, à l'instar de ses illustres confrères: Asimov, Clarke,...

Le roman fait partie d'un cycle, "le centre galactique"(1), mais il peut-être lu indépendamment de ses précédents.

L'histoire commence 6 ans après la chute de la citadelle, une des dernières citées humaines, face aux méca, des machines artificielles  intelligentes (comportant des composants organiques et métalliques).

Nous suivons donc le parcours des rescapés de la famille "le fou",  qui ne doivent leur survie que dans une fuite constante sur une planète devenue progressivement inhospitalière à la suite de sa terraformation par les mécas pour leurs besoins. 

Les hommes, dont le nombre s'amenuise, perdent eu à peu l'usage d'un savoir dont ils ont pourtant accès par leurs implants. Dans une ambiance crispante de fin du monde, ils poursuivent leur errance, vivant en pillant les miettes de la mécaciv...


Certains codes sont empruntés au genre cyberpunk (comme les puces sensorielles, les enregistrements complets de personnalités disparues...) et d'autres au space opéra (vaisseaux spatiaux, colonisation et terraformation de planètes).

L'auteur réussit à décrire de façon brillante la complexité de la vie méca, laquelle se comporte comme un ensemble d'écosystèmes interdépendants et intelligents, échappant majoritairement à la compréhension humaine.

Vivement la suite des aventures de la famille Le fou avec Marées de lumière et les profondeurs furieuses...

Parallèles :
- l'ambiance évoque le sympathique film de série B "planète hurlante" (1995), réalisé par Christian Duguay. Selon wiki, le film s'inspirerait d'une nouvelle de P.K. Dick "Nouveau modèle" ("Second variety" 1953). Un résumé ici.
- la figure des machines intelligentes auto-reproductrices en lutte contre la vie (ou prédateurs concurrents?) comporte une certaine fréquence dans la SF, notamment la série berseker de Fred Saberhagen (1967 à 1985).

(1) le 3 selon wiki et le premier sur le 4e de couverture