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lundi 13 juillet 2026

instantané : All you need is kill réalisé par Kenichiro Akimoto (2025)

 


Instantané: 

All you need is kill est une déclinaison du concept du roman éponyme. Ce n'est pas la même histoire mais le même principe : une invasion extra-terrestre. Une héroïne est tuée et se réveille au début de sa journée pour recommencer encore.

Si cela vous dit quelque chose, c'est que le roman japonais d'origine "All you need is kill" de Sakurazaka Hiroshi fut déjà adapté au cinéma sous le titre "Edge of Tommorow" avec Tom Cruise. Excellent film d'ailleurs.

Ce qui distingue cet anime de l'oeuvre originale, c'est que l'invasion prend la forme d'une sorte de plante extra-terrestre aux capacités étranges et inquiétantes.

Quant au style graphique, il est original, tandis que les personnages sont attachants et l'histoire intéressante. 

 

Une adaptation renouvelant l'intérêt du concept de l'histoire. 

vendredi 9 août 2024

Mildred Pierce & la planète interdite

Quelques notes de 2 films intéressants vus récemment grâce à un ami :



Mildred Pierce est un film réalisé par Mickael Curtiz en 1945 avec Joan Crawford, Jack Carson et Zachary Scott. Il est adapté d'un roman de James M Cain (1941), qui adopte une approche naturaliste pour parler de la femme indépendante de la classe moyenne qui doit s'assumer après un divorce, dans un contexte post-grande dépression. Le film est un film noir construit un peu comme un jeu de piste : un meurtre a été commis et des flashbacks sont présentés au spectateur avant d'obtenir la révélation de l'auteur. Le film est intéressant à plus d'un titre pour présenter des caractères trempés dans leur époque et une histoire où leur psychologie compte. Mildred, une femme qui prendra toujours les mauvaises décisions...



La planète interdite (1956) réalisé par Fred McLeod Wilcox et produit par la MGM est un film essentiel dans l'histoire de la SF au cinéma. Un des premiers films dans le genre à gros budget pour son époque, pris au sérieux par ses équipes. Des moyens furent donc mobilisés pour les décors dans de grands studios, les peintures d'espaces étoilés, et du "design d'un robot", Robby, assez réaliste pour son époque (avec des gyroscopes visibles dans la tête) et que l'on verra réapparaître dans d'autres oeuvres : the invisible boy (1957) et the thin man : robot client. Ce "robot" fut un peu le C3PO/RD2D2 que tout gosse voulut en jouet à son époque. 

Mais parlons du film : une équipe de traverse l'espace afin de porter secours à des scientifiques ne donnant plus signe de vie après s'être posés sur une planète étrange. Ils y découvriront un scientifique survivant et sa fille, un robot qu'il a construit après avoir découvert une base monumentale d'une civilisation mystérieusement disparue, avant de devoir faire face à un monstre ... représenté en animation sur la pellicule, grâce aux équipes de Disney venues en renfort. L'origine du monstre et de la chute de cette civilisation extra terrestre sera surprenante.

Au rang des acteurs Anne Francis dans le rôle de l'ingénue élevée seule sur cette planète par son père,  Walter Pidgeon, excellent rôle dramatique, et Leslie Nielsen, que l'on verra bien plus tard dans des rôles comiques (y a t il un flic pour....).

La musique sera également singulière, étant la première musique de cinéma réalisée à partir de sources électroniques par  Louis et Bebe Barron. Il leur faudra plusieurs mois pour créer cette bande son et ils ne pourront être crédités en tant que musiciens au générique, suite à une opposition du syndicat de la musique américaine, selon l'un des bonus présents dans le Blu Ray.

Pendant le visionnage, je ne pouvais m'empêcher de trouver un air de famille avec Star trek, la série originelle. C'est que Gene Roddenbery aurait été fortement inspiré par cette oeuvre : les décors saisissants de la maison du savant (qui évoquerait des maisons modernes d'architectes des années 50), certaines scènes dans le vaisseau spatial (évoquant l'esthétique de l'effet de la téléportation) ou les dialogues entre le docteur et le capitaine, devisant sur le destin de cette civilisation... Tout cela rappelle effectivement Star trek, que les spectateurs découvriront en 1966. En conclusion ? 

Un film jalon de l'histoire de la SF à regarder absolument.


vendredi 21 juin 2024

Dune 2


Voici le brouillon d'une chronique que je n'ai pas réussi à mener à bien ... Avec le passage des jours et des pensées ou frustrations perdues dans le vent. Déçu par cette adaptation ? Oui....Pourtant j'étais prudemment et raisonnablement convaincu par la première partie...

 

A trop vouloir étreindre l'air du temps, on risque de se perdre en route...

En remarque liminaire, il est difficile de nos jours d'apporter une critique circonstanciée envers une œuvre, sous peine de se voir affublé d'une étiquette de "hater", personne présumée incapable d'être satisfait d'une adaptation. L'on nous pardonnera difficilement nos réserves pour un film qui, pris en tant que blockbuster de divertissement et en comparaison des Marvels, au niveau cinématographique assez bas, se trouverait installé sur un piédestal. Il est toutefois difficile de cacher sa déception quand on avait un matériel originel d'une grande richesse. Alors que nenni, essayons quand même de développer nos impressions... [La chronique ci-dessous divulgâchera un tant soi peu le roman ou le film].

Si Dune 1, avec quelques défauts, donnait la sensation d'essayer d'adapter honnêtement le roman de Franck Herbert dans sa complexité et l'ensemble de ses thématiques (parfois avec quelques trop brèves références : la guilde spatiale, les mentats... ), Dune 2, malgré des qualités graphiques formelles et un rythme accru, s'est éloigné de l'univers de l’œuvre, notamment en jetant aux orties toutes les références mentionnées dans la première partie et en donnant une place trop prépondérante au personnage de Chani (beaucoup moins présente dans le livre) ou au rôle de Jessica (pourtant déjà essentiel) et en réduisant cette histoire à une unique question (très appuyée) de révolution religieuse.

A l'instar de Blade Runner 2049, Denis Villeneuve nous propose une adaptation ainsi  simplifiée, en partie par appauvrissement des thématiques de l'œuvre originale, enveloppées dans de belles images et un montage parfois curieux. Il me laisse une impression confirmée au fil de ses réalisations, d'être plus un bon technicien qu'un vrai cinéaste.

Sur ces tendances appuyées dans Dune 2, Dennis Villeneuve aurait confirmé dans quelques entretiens qu'il tenait à développer le passage chez les fremens et leurs traditions, la présence de Chani, et dans une moindre mesure celle de Jessica, tout en appliquant une focale sur la manipulation religieuse.

Dune 2 : une adaptation appauvrie, dans l'air du temps

En impression générale, l'aspect visuel est vraiment soigné et Villeneuve confirme ses qualités graphiques pour amener des visions monumentales de SF, s'il en était besoin, Cela évoque puissamment les illustrations d'ouvrages des années 70 ou 80 (comme suidmak). Nous en avions déjà eu un aperçu dans contact. La réalisation est plus nerveuse,  notamment pour les scènes d'actions. Ce qui créé quelque part une vraie rupture de rythme avec la première partie de Dune. 

En dehors de ces scènes, il ne se passe finalement pas grand chose et plus on avance dans le film, plus on s'éloigne du matériel d'origine pourtant d'une densité folle, dans une démarche de simplification forcée. Pourtant le film est long et aurait pu développer des aspects de l'oeuvre originale, évoqués dans la partie 1. Mais la partie 2 choisit de faire disparaître le rôle des mentats et celui de la guilde spatiale, d'affadir la présence du baron Feyd Rautha dont on ne sent plus le caractère de déviant machiavel (au sens figuré).

La durée déjà longue du film 2h46 mn pourrait inciter à dire qu'il était difficile d'en rajouter plus, pour se coller au roman, mais une grande partie du film est excessivement occupée de scènes centrées autour de Chani et dans une moindre mesures de Jessica, ou bien par des descriptions des coutumes des fremens.

 Au centre les femmes ...

Il est fort possible que des spécialistes de l’œuvre romanesque de Frank Herbert me contredisent, alors les éléments suivantes seront surtout totalement subjectifs, issus de l'image que je me suis fait de cet univers, de mon interprétation personnelle. Mais voici...

Peut-être est-ce en voulant étreindre l'air du temps, avec des femmes encore plus fortes et au centre de tout, que Denis Villeneuve a :
- surexposé le rôle de Chani et son influence dans le film où elle apparaît comme une révoltée continuelle influençant fortement Paul pendant un temps ;
- et a changé le rôle de Jessica sur le destin de son fils.
...Alors que les femmes sont déjà au "centre du jeu" dans les 5 tomes qui composent l'oeuvre originelle (toute la série de Dune est traversée par un fort pouvoir matriarcal porté par le bene gesserit).

Ainsi dans le film, Jessica pousse Paul à boire l'eau de l'épice une fois devenue révérende mère plutôt que de chercher à le freiner comme dans le livre, ce qui change beaucoup de choses : 

dans le roman, même dans le même camp, sa mère devenue mère révérende, cherche autant à le contrôler et conserver le pouvoir. Le cheminement de Paul est de ne cesser de chercher à échapper aux pouvoirs qui le contraignent (dont le bene gesserit et par extension sa mère). Même s'il finira par découvrir qu'il ne lui restera que très peu de latitude de choix possibles. Le sentier d'or qu'il cherche à suivre peut apparaître comme une autre soumission, celle du destin, ou bien celle issue de la planification mise en place par le bene gesserit pour faire apparaître le kwisatch haderach, une existence qui les dépassera...

Dit autrement, son geste de risquer sa vie à boire l'épice, m'apparaît comme une tentative  de recevoir le savoir qui permettra à Paul d'obtenir sa liberté, c'est à dire la connaissance pour trouver un chemin du moindre mal dans les visions qui l'assaillent.

Dans le film, sa mère devenue mère révérende grâce à l'eau de l'épice, le pousse à la boire, persuadée qu'il est le "kiwi" ultime. En un geste d'adolescent révolté et assailli de ses visions, il décide de partir dans le nord tout casser avec sa copine adolescente elle aussi en colère. Quand les keufs nazirkonnens se pointent, ils repartent dans le sud. Il rejoint sa mère et prend la drogue de sa dealeuse de daronne , fais un mauvais trip dont il ressort avec des visions.

Plus sérieusement, il reste l'objet du contrôle sans avoir vraiment une capacité d'agir autre que par réaction et à son corps défendant, comme un adolescent rétif. Un passage vers la fin dans le dialogue entre mères réverantes est ainsi signifiant. Les femmes contrôlent, quelque soit l'illusion des hommes. Ce point est renforcé par les "scènes" de fin dans le dialogue entre révérantes mères.

Un montage peu harmonieux :

Évoqués plus haut, les brisures de rythme entre Dune 1 et 2, les écarts entre les informations données, personnages présentés dans la première partie et ce que le réalisateur en fait ensuite.
Les longueurs sur les coutumes et les relations stiltgar, shani, Paul.
Des scènes poussives ou non nécessaires : le tapage de pied "adolescent" de Paul pour que l'empereur enfin s'agenouille et abdique. La chevauchée du ver de sable de Chani boudeuse et rageuse pour scène de fin (sigh).

Films et romans, romans et films, des problèmes éternels d'adaptations à nos époques...

Le roman de Dune donnait l'impression d'une oeuvre que l'auteur avait voulu détacher d'une analogie simpliste de son temps alors que le film semble vouloir s'y plonger, s'y raccrocher : 

- l'emphase sur la division Nord et Sud d'Arrakis ;

- la religion et ses manipulations de masse par un étranger, le seul thème ?

Des différences, des différences avec le livre :

- une durée de révolte inférieure (grosso modo inférieure à la grossesse de la mère de Paul);

- l'absence d'alya qui est représentée en fœtus à qui on parle;

- le passage sur la chevauchée du vers, je crois

- la recréation du personnage de Chani (sa caractérisation n'est pas toujours heureuse).

- le dénouement du film différente où est gommé l'aspect sur le pouvoir économique : le pouvoir de la guilde, des banquiers et transporteurs est occulté, etc...


jeudi 20 juin 2024

Les jeux vidéos et le souffle de la SF

 L'une des qualités de la Science Fiction est d'emmener l'amateur dans un état de sense of wonder, ou sentiment d'émerveillement que procure des projections plus ou moins exactes de ce que pourrait devenir le futur dans une démarche positive : la téléportation, le voyage intersidéral, etc... ou non, tel que les conflits spatiaux...

Certaines œuvres et certains médias nous entrainent ainsi dans un état d'immersion propices aux rêves et introspections du futur...

En matière d'immersion, le jeu vidéo est support complémentaire en ce qu'il permet de créer des liens interactifs forts avec le joueur par ses choix tout en stimulant son imagination.

Ces derniers temps, deux jeux de simulation ont su capter mon attention pour ce sens de l'immersion. Il en existe certainement bien d'autres (je joue assez peu, comparativement aux passionnés).

 

Aven Colony

Aven Colony est un beau City builder (ie dans le genre de Sim City), bien pensé, de colonie spatiale sur des planètes étrangères. Où comment se mettre dans la peau d'un gestionnaire de peuplement humain sur une planète étrangère. Le jeu dans ses mécanismes et options reste suffisamment fin pour générer une certaine durabilité de l'intérêt (existence d'une campagne avec objectifs).

 


 

 Sid Meier's Starships

 Dans le même univers que Civilization: Beyond Earth, le "Civilization SF", ce "petit" jeu relativement simple et qui rappellera des jeux de plateau (avec une grille de polygones), a pour objet de simuler des batailles spatiales après des phases de génération et utilisations des ressources, améliorations des vaisseaux spatiaux et avancements de la science ayant une influence sur ceux-ci.  L'aspect visuel de la carte d'un système stellaire vous plongera dans la peau d'un stratège d'un lointain futur.

 

 

jeudi 21 septembre 2023

Le satellite mystérieux réalisé par Koji Shima pour la Daie (1956)




Le satellite mystérieux (1956)
 (宇宙人東京に現る tokyo ni arawaru aka warning from space) 

synopsis (wiki) : Un engin mystérieux survole la ville de Tokyo. Bientôt des gens se retrouvent en présence d'êtres étranges qui les effraient. Ce sont pourtant des aliens pacifiques qui viennent prévenir les humains d'un terrible danger qui les menace...

Réalisé en 1956 par Koji Shima et produit par la Daie, le satellite mystérieux est une des ces magnifiques pépites du cinéma japonais de science fiction des années 50 : extra-terrestres, planète errante risquant de détruire la Terre, scènes de chaos avec une planète qui se réchauffe, mise en avant pour la première fois dans le cinéma (peut-être) d'astronomes en tant que personnages essentiels d'une histoire... 

Ce film a encore tout pour plaire, avec de magnifiques plans larges en couleur incorporant plusieurs personnages, qui m'évoquent je ne sais pourquoi, les coloramas de Kodack...

On y trouve également une scène de cabaret comme dans beaucoup de films de l'époque... (Un jour il faudra faire un recensement des titres qui en possèdent)

Les effets spéciaux sont agréables pour l'époque, l'apparition des E.T. en forme d'étoiles de mers, les Pairans, est saisissante et bien pensée.

Un film à recommander pour les amateurs de genre.








Du français dans le texte... Années  50 : la peur vient du ciel ("watch the sky!")




Cabaret quand tu nous tiens...


La Gare de Tokyo en 1956 (?)... On reconnaît la façade en briques



Le DVD possédé est un simple DVD sans sous-titre japonais (donc encore moins de langue étrangère), ni bonus.


mardi 1 novembre 2022

Vesper chronicles réalisé par Krystina Buozyte et Bruno Semper (2022)

 Vesper Chronicles

Synopsis : Dans le futur, les écosystèmes se sont effondrés. Parmi les survivants, quelques privilégiés se sont retranchés dans des citadelles coupées du monde, tandis que les autres tentent de subsister dans une nature devenue hostile à l’homme. Vivant dans les bois avec son père, la jeune Vesper rêve de s’offrir un autre avenir, grâce à ses talents de bio-hackeuse, hautement précieux dans ce monde où plus rien ne pousse. Le jour où un vaisseau en provenance des citadelles s’écrase avec à son bord une mystérieuse passagère, elle se dit que le destin frappe enfin à sa porte…


 
Ces deux dernières années nous avons sans doute été vernis par la diffusion de plusieurs films de science-fiction français. On aimerait beaucoup que cette lancée deviennent un torrent régulier et que le genre s'installe dans le paysage cinématographique français.

Si les premières communications sur le film n'avaient pas spécialement séduit, le dernier trailer avait apporté suffisamment de poésie graphique à cet univers post-apocalyptique écologique, pour provoquer chez moi l'envie d'une séance.
 
En termes de production, le film est issu d'une coproduction franco-lituaniene - normal, pour un couple binational - , à petit budget mais optimisé :

En première constatation il me semblera que les visuels vus dans la bande annonce finale, ont constitué une part importante des effets-spéciaux du film ; le reste des scènes exploitant avec adresses des décors urbains ou naturels de Lituanie.
 
Cette fameuse bande annonce aura également créé une attente différente (l'attente d'une tonalité plus poétique que sauvage) par rapport  au rendu final : 
Le passage d'une adolescence à l'âge adulte assez brutal, dans un monde sans concession.
Le film ne manquera pas de quelques moments de grâce au milieu de cette âpreté, comme la serre de Vesper. Ou de mystères inassouvis comme l'intérieur des citadelles ou la raison du comportement erratique de ces "pénitents"...
Avec un soupçon de déception dans la conclusion (un tout ça pour ça ?), portée par un geste de Vesper qui a l'air bien fragile pour le futur du monde.
 
Les acteurs sont très bons : la distribution et direction d'acteurs est de qualité. Mention spéciale à l'actrice Raffiella Chapman dans le rôle de l'héroïne Vesper et à Eddie Marsan dans le rôle du terrible oncle Jonas. A noter l'utilisation du physique très particulier de Mélanie Gaydos, atteinte du syndrome de Clouston pour jouer un être synthétique, un jug.
 
Le visionnage, désorientant au premier abord, a-t-il valu le coup ? Le film est-il de qualité ? A cela la réponse est oui et l'on ne peut que souhaiter voir ce duo réaliser d'autres films du même acabit.

mercredi 24 août 2022

Abandons

Poussé par une envie de relire de la SF après un certain temps, j'étais retourné dans un des bibliothèques où j'avais mes habitudes, pour la découvrir en partie dévalisée par les vacanciers. J'en avais toutefois profité pour tenter la lecture de deux oeuvres aux échos positifs.

Ces deux histoires comportent comme point commun d'être influencées par les problématiques de genre. Ce qui en ce qui me concerne est un pur hasard de choix de lectures, et une première.



La justice de l'ancillaire d'Ann Leckie :
 
Sans doute le roman dont l'univers est le plus travaillé (avec par exemple des vaisseaux IA avec comme extensions des ancillaires, c'est à dire des humains au cerveau effacés et manipulés comme des zombies) et dont l'abandon est sans doute fort dommage.

Comme remarque liminaire, je supposerais ici que la traduction s'est basée sur le style original de l'auteur. 
 
Dans cet univers, l'empire du Ratch , ne connaît que le féminin en accords. Et l'auteur a matérialisé cela dans son œuvre par un effet stylistique et grammatical, mais de façon incomplète : par exemple "La prêtre à barbe",  les articles étant systématiquement féminins, même s'il ne s'agit que d'un homme ou de plusieurs. Cependant la féminisation des accords ne va pas jusqu'au nom commun.  
 
Ce qui tend à rendre l'œuvre  illisible et pose deux problèmes : l'implication du lecteur dans les personnages et le renoncement à une communication universelle.

Ainsi le lecteur va se demander qui est qui, pour finir par ne plus s'en préoccuper mais , en ce qui me concerne, également par se détacher des personnages, lesquels acquièrent un flou dépassant l'identification au genre.

D'autre part l'utilisation de codes grammaticaux différents de ceux habituellement utilisés est une forme de renoncement à la langue commune, et à l'intention de communication universelle. Cela me semble contre productif s'il s'agit au travers de la SF de faire passer des idées.

En conclusion, un livre peu clair, qui a pourtant récolté de nombreux prix dont le Hugo (2014), Nébula, Locus... Sans doute car il convient à l'idéologie actuelle ?




Journal d'un assasynth 

Tome 5.  Attention, je n'ai pas lu les premiers tomes, mais ce n'est pas une gène pour la lecture.

Le personnage est un Androïde dégenré qui se définit comme iel, si j'ai bien compris. Mais si à la base l'androïde est unisexe, ce type d'identification serait un peu absurde, il me semble.
Il travaille pour une cheffe d'un gouvernement libéral au sens politique si j'ai bien compris.

Le plus grand souci est sans doute le style dont l'alternance de chapitres plus dynamiques et de sortes de fichiers notes, revenant sur des faits antérieurs, ne facilitant pas la lecture...
 
Le procédé de narration à la première personne et les nombreuses réflexions de l'androïde sur son entourage donnent un côté assez lénifiant à l'histoire. Bref, cela ne fonctionne pas avec moi.
 
Malgré le côté poussif et un peu brouillon, ce roman a pourtant eu aussi le prix hugo (2020), Nébula et Locus (2021) .






lundi 27 juin 2022

Denso ningen réalisé par Jun Fukuda (1960)



Denso ningen (aka The Secret of the Telegian) est film japonais des années, un fim "de série B" comme je les aime, avec du mystère, des crimes, une enquête et un élément fantastique dont l'origine est tiré de la science fiction.

Réalisé par  Jun Fukuda en 1960 pour la TOHO, ce film fait partie de "la trilogie des mutants de la Tôhô avec l'homme H (1958) et le premier homme Gaz (1960), tous deux réalisés par Ishiro Honda.

Jun Fukuda sera également aux manettes de certains godzillas à partir de 1966 (à commencer par Ebirah contre Godzilla/Godzilla, Ebirah et Mothra : Duel dans les mers du sud).

Des meurtres inexpliqués,  ont lieux dans Tokyo, en commençant dans la maison hantée d'une fête foraine. La police dont le détective Kobayashi (1)  va tenter de trouver des liens entre les victimes, avec le concours d'un reporter Kirioka (2) et de Akiko Chujo (3), jouée par Yumi Shirakawa, la "présence féminine" du film. Son rôle reste peu développé par rapport aux films d'Ishiro Honda, lequel sait mettre en valeur les personnages féminins.


Au cours de l'enquête, des connections entre les victimes vont permettre de remonter à un événement dramatique s'étant déroulé à la fin de la guerre, où une unité scientifique tentait de fuir l'arrivée des américains avec de l'or et une découverte révolutionnaire.

Une sorte de course poursuite va alors s'engager pour arrêter un meurtrier utilisant une machine étrange permettant la téléportation...

Si l'histoire et l'ambiance me semblent un peu moins intéressantes que les deux autres films de la trilogie des mutants, il conserve le charme des films japonais de genre des années 50-60. 

Le scénario est l'occasion, comme pour certains films de la même époque, de montrer une scène de cabaret avec orchestre où fraient criminels, journalistes et policiers, afin de faire avancer l'enquête... Je me demande dans quelle mesure ces lieux étaient représentatifs d'une vie nocturne au Japon à l'époque.

Ici le Daihonei :









(1) Akihiko Hirata également le Dr Serizaya, créateur de l'oxygen destroyer dans godzilla

(2) Koji Tsuruta

(3) Yumi Shirakawa - elle apparaît dans l'homme H.


Le DVD que je possède est une version uniquement japonaise, laquelle comporte une interview d'un des membres de l'équipe de tournage de l'époque pour mettre en lumière le contexte de création du film.












samedi 25 septembre 2021

Série Braises de guerre de Gareth L Powell



Quatrième de couverture :Le Chien à Problèmes est un croiseur lourd, construit pour semer la violence. Doué de conscience, c'est aussi une adolescente dégoûtée par le rôle qu'elle a joué dans le génocide d'une planète entière. Le Chien, reconverti dans le sauvetage des naufragés spatiaux, et sa capitaine, Sal Konstanz, reçoivent l'ordre de venir en aide aux éventuels survivants d'un paquebot en perdition au coeur d'un système contesté. De l'épave émerge une poétesse dissimulée sous une fausse identité pour échapper à l'horreur de la guerre, Ona Sudak. A quelques années-lumière de là, Ashton Childe, un agent des services secrets mis au placard, fait équipe avec un membre d'une faction adverse pour partir à la recherche de la rescapée. Tous risquent de se retrouver, bien malgré eux, au coeur d'un conflit qui menace d'embraser à nouveau toute la galaxie.


La série braises de guerre de Gareth L. Powell est un Space opera assez traditionnel avec peu de High SF, qui ne renouvellera pas le genre, mais sera apprécié par des personnages au caractère assez développés. 

Ainsi le roman n'intègre pas beaucoup de technologie médicale moderne (comme faire repousser des organes perdus), les implants cybernétiques sont assez discrets, ou de post-humanité. 

On se prendra cependant au jeu de l'histoire et des personnages, notamment les intelligence artificielle des vaisseaux spatiaux, des êtres individuels nés en partie de cellules biologiques, avec des noms et caractères amusants.

Le premier tome développe derrière ce décor une sorte de thriller, et le deuxième tome prends un peu le chemin d'un survival horror dans l'espace avec  la nécessité d'une fuite. L'auteur n'hésite pas à rebattre les cartes des adversaires (alliés d'hier et ennemis d'aujourd'hui.... Pour faire face à un danger plus grand peut-être).
Au final la série reste plaisante et plaira aux amateurs de space opera.

A noter que le premier tome est disponible en grand format et poche, et le deuxième tome en grand format. Le 3e tome est édité depuis 2020 en anglais. La traduction devrait suivre


mardi 21 septembre 2021

L'homme H réalisé par Ishiro HONDA (1958)




L'homme H - bijô to ekitainingen (la belle et l'homme liquide) est un film de SF/horreur de 1958, réalisé par Honda Ishiro . Il fait partie de la  célèbre "trilogie des mutants" produite par la Tôhô.

Des pêcheurs abordent un navire étrangement vidé de ses occupants, le Ryujin Maru II, précédemment touché par une explosion nucléaire  ,...
Une activité criminelle est en train d'être commise en pleine ville...
Bientôt des humanoïdes liquides sèment la terreur dans Tokyo... 

Mêlant les genres du thriller d'époque et de l'horreur/SF, il nous entraine dans une histoire où intrigue policière et mystère de disparitions effroyables s'enchevêtrent.

A la suite d'une exposition à des rayons radioactifs, des êtres humains sont transformés en des créatures sous forme liquide, un danger pour l'humanité toute entière.

Honda, avec son équipe habituelle, nous offre des scènes de fuite précipitée de gangsters, de Club où se produisent la nuit danseuses de revue et femme fatale chanteuse , et où se montrent gangsters la clope au bec...

Des descente de police, interrogatoires...Des vision de laboratoires et travail de scientifiques cherchant à connaître le fin mot de disparitions étranges, des créatures anormales.... 









Les effets spéciaux d'Eiji Tsuburaya sont sympathiques pour l'époque (silhouette en surimpression, slime, petits trucs divers) et suffisamment économes pour ne pas déséquilibrer le film par un côté granguignolesque, ou qui apparaitrait comme tel devant nos yeux.

A la distribution nous retrouverons en inspecteur Tomizawa, Akihiko Hirata, l'interprête du docteur Serizawa dans le premier Godzilla, et 
Yumi Hirakawa, actrice présente dans Dernier caprice d'Ozu ou Rodan. Quant à la musique, elle aura été composée par Masaru Satô, le compositeur du Retour de Godzilla.

Ce film est un festival pour l'amateur de films d'époques, qui prendra plaisir à découvrir ce cocktail particulier entre polar et SF horrifique et sa conclusion sous la forme d'une réplique d'un narrateur à propos des hommes liquides *.

**
*





Note : L'édition que je possède est un DVD japonais sans sous-titre anglais (des sous-titres japonais pour malentendants seulement), mais je crois qu'il existe une version sous-titrée en anglais.

Le DVD possède un reportage d'environ 45 mn, constitué d'interviews d'une partie de l'équipe du film à l'époque. Si la distribution et les scènes générales du film sont abordées, le reportage constitue un témoignage rare des techniques utilisées par la société d'effets spéciaux de Tsuburaya pour un film de science fiction. 







Où l'on prend encore plus conscience que les effets spéciaux étaient une somme d'efforts et d'inventivité pour rendre le mieux à l'écran le mystère d'une histoire :
l'utilisation de décors inclinés, de nombreuses tentatives pour obtenir in fine un rendu particulier de slime mouvant mais pas sans trop de bulles, l'utilisation de nombreuses maquettes, des masques en silicones aux effigies des acteurs ...





Espérons que les jeunes spectateurs d'aujourd'hui, habitués aux effets spéciaux numériques modernes, pourront se familiariser aux effets à l'ancienne avec ce genre de film qui possèdent un charme certain.


* évoquant d'illustres prédécesseurs comme la chute de la chose d'un autre monde avec son "watch the sky"...

lundi 24 mai 2021

brève de séances - réouverture des cinémas - le retour


Ongaku - notre rock d'Iwaisawa Kenji (2019 au JP... maintenant 2021 en FR): 

Synopsis : Une bande de lycéens marginaux menée par Kenji décide de créer un groupe de musique, sans savoir jouer. Le groupe Kobujutsu est né.

Avec un style simple, atypique et un montage habile, ce dessin animé est une déclaration d'amour au folk et au rock d'une certaine période du Japon (fin showa et début heisei - 80-90), où un lycéen assez taiseux et bagarreur, décide sur un coup de tête d'embarquer sa bande dans la création d'un groupe de rock. On rit beaucoup avec les dialogues en japonais (peut-être faut il une certaine connaissance de la langue nippone pour en avoir tout le sel), lesquels possèdent un sens de l'absurde. On sourit aux clins d'œil, dont celui à Abbey road. Un très bon moment à passer avec une œuvre où souffle un esprit de liberté.


Le dernier voyage de Romain Quirot (2020 en festival... maintenant 2021) : 

Début de synopsis : Dans un futur proche, une étrange lune rouge est surexploitée pour son énergie. Alors que sa trajectoire change et qu'elle fonce droit vers la Terre, Paul W.R., seul astronaute capable de la détruire, refuse d'accepter cette mission et se cache des autorités.

Ce premier film de Romain Quirot nous propose une oeuvre de SF rétrofuturiste fortement inspirée de  la BD française des années 80 (L'incal, Valérian, Moebius, etc). Il en ressort un résultat inégal : 

Ainsi une œuvre intéressante par son esthétisme, ses images, sa photographie et effets spéciaux ; frappante par sa bande son (également rétro) collant parfois à un vidéo clip hommage à ces années 80 ; surprenante avec un bon casting d'acteurs et actrices (notamment la jeune Lya Oussadit-Lessert)...

Mais aussi une œuvre qui pèche par une histoire et un rythme décevant  : après un début prenant, l'histoire se perd en envoyant le héros dans une "boucle initiatique" pour revenir sur place et repartir. De nombreux personnages apparaissent sans être totalement démarqués.

Au final une expérience originale pour son esthétisme, qui vaut la peine de se faire au cinéma et l'espoir de voir un jour d'autres projets de SF à french touch...

(Mais pourquoi la fin m'évoque I'm Aquarius de Metronomy....)

mardi 2 mars 2021

Petit repérage : Dune - Edition collector Chez Robert Laffont dans la collection Ailleurs et Demain




A toi lecteur qui pourrait ne pas avoir dans ta bibliothèque une version du roman Dune de Frank Herbert ou rechercherait une édition collector, Robert Laffont exaucera ton vœux dans une édition assez classieuse, avec une traduction - toujours de Michel Demuth - revue et corrigée.

Pourvu des préfaces de Denis Villeneuve (la plus intéressante) et Pierre Bordage, d'une postface de Gérard Klein et des appendices nécessaires, ce volume saura trouver une place de choix dans ta bibliothèque.


lundi 1 mars 2021

Mook de Dune aux éditions l'Atalante et Leha (2021)

C'est plus que de la SF présente - Dune le Mook
Editions l'Atalante & Leha



Si mon rapport avec Dune de Franck Herbert n'est pas aussi intense que certains lecteurs, je me souviens avoir dévoré toute la série iconique de l'auteur, soupçonnant qu'il y avait beaucoup de pistes à explorer derrière ce planet opera, classique de la SF. 

La sortie repoussée de la nouvelle adaptation de Dune au cinéma, réalisée par Denis Villeneuve, aura été l'occasion pour plusieurs éditeurs de revenir sur le sujet : "Dune, exploration scientifique et culturelle d'une planète-univers", le numéro spéciale de Rocky rama et le Mook, objet de cette chronique.

Mais un mot sur Denis Villeneuve : Ayant adoré Contact et apprécié certains aspects de Blade Runner 2049 (à l'exception du scénario, moins satisfaisant) il me semble qu'avec un réalisateur aussi méticuleux et excellent technicien que lui, produira un résultat honorable. C'est au moins ce que je puis espérer pour le futur.

Le Mook de Dune, en cinq chapitres de plus de 250 pages, aborde avec plusieurs grands axes un univers complexe et multiforme : une mise en lumière de son auteur et de la réception de son œuvre ; l'univers de Dune ; les personnages et factions qui le composent , les adaptations de l'œuvre et enfin des réflexions et analyses de certains de ses aspects.

Riche en illustrations, photos et articles fouillées sur un format  A4 (et avec un marque page dédié), cet objet hybride saura  sans doute séduire les amateurs et collectionneurs . L'ouvrage prends d'ailleurs parfois des accents de source books*, idéaux pour des amateurs de jeux de rôle... Si cela se trouve il y en aura un dans les tuyaux dans le futur...

Le premier enseignement de l'ouvrage est de nous rappeler qu'au delà de son caractère de  planet opera, Dune déroule une métaphore de philosophie politique dont le message est d'alerter sur le danger des leaders charismatiques, prophètes: "Les super-héros sont désastreux pour le genre humain. Même si un vrai héros apparaît, des mortels faillibles finissent par s'emparer de la structure de pouvoir qui ne peut manquer de surgir autour d'un chef".

Ce message se déroule ainsi dans un dyptique comportant Dune et Le messie de dune (légèrement évoqué dans le Mook)

L'œuvre brasse ensuite par couches entremêlées des strates écologiques, politiques, économiques, voir métaphysiques , bref de nombreuses thématiques, soulevées astucieusement.

L'objet du Mook est  ainsi de présenter l'auteur et la genèse de l'œuvre, ses personnages au travers d'un prisme tragique antique ou shakespearien, d'analyser les nombreuses thématiques qui traversent Dune.

Rien n'est laissé au hasard, de la linguistique (à l'instar de Muad'Dib provenant de Mu'adib en Arabe, précepteur, ou "Bene Gesserit" , qui se serait bien comporté en latin), ou du poids de l'économie sur le politique (avec le rôle central de l'épice), de la faisabilité scientifique de certaines idées (comme le distille), de l'analyse stratégique des batailles dans Dune.

La force du romancier est également de puiser son inspiration dans des œuvres classiques empruntes de tragédie. Par plusieurs éléments de fiction qui définissent son univers (l'épice, rare, qui permet aux pilotes de trouver les meilleurs chemins à travers la galaxie ; les boucliers énergétiques qui neutralisent les combats à distance) recrée un environnement qui renforce ces traits de rapprochements avec le monde antique et pourrait s'approcher d'un roman de science fantasy, avec une structure qui rappelle les théories de Campbell. Tout ceci sera battu en brèche avec Le messie de Dune, mais ceci est une autre histoire...

Avec un éventail très large de thématiques, le Mook se penche sur la question difficile des adaptations qu'elles soient en films avec le projet avorté de Jodorowsky (et l'impact postérieur dans la SF américaine de tout le travail préparatoire) et le résultat décevant de David Lynch (qui ne pourra bénéficier du montage désiré), ou bien en jeux vidéos  ou séries télés. 

Quelques mots enfin sur une thématique parmi d'autres et très actuelles, qui stimulent la réflexion : chez Franck Herbert, la démocratie et l'écologie politique seraient en forte tension, et peut-être irréconciliables. L'écologie est ainsi fondée sur une éthique de la responsabilité (des conséquences de ses actions), qui fait de la liberté un enjeu secondaire... La préservation d'un écosystème s'avère un défi parce qu'elle dépend d'une dynamique jamais totalement maitrisée ni exempte de hasard entre les sociétés humaines et leur milieu. 


En conclusion, que dire de ce Mook si ce n'est qu'il m'a globalement enchanté et saura séduire les amateurs de l'œuvre de Dune, cherchant un ouvrage regroupant analyse, synthèses, dans la mesure où ils ne seraient pas des spécialistes de Franck Herbert. Ce lecteur, dont je fais partie, pourra ainsi approfondir, enrichir sa connaissance du roman, de ses enjeux, et répondre à quelques questionnements dont il n'avait pas encore trouvé réponse.



* A l'exception peut-être d'une description du Bene Tlelax comme faction, mais qui apparaît peut-être surtout dans les romans postérieurs....