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lundi 19 avril 2021

Un siècle de banlieue japonaise de Cécile Asanuma Brice


 

Un siècle de banlieue japonaise. Au paroxysme de la société de consommation de Cécile Asanuma Brice  aux Editions Métis Press (2019)

Les raisons amenant à la lecture d'un ouvrage peuvent être nombreuses. Ici cette dernière est issue d'un désir de mieux connaître et comprendre la construction de la ville japonaise en tant que telle alors que j'étais en perte de repères lors de mes visites au Japon. C'est après la visite de Fukugawa, musée dédié à un quartier de Tokyo que la découverte à la librairie Junkudo d'un livre de Cécile Asanuma-Brice : "Au paroxysme de la société de consommation - UN SIECLE DE BANLIEUE JAPONAISE" m'a poussé à me pencher sur l'urbanisme japonais, sans pour autant être un spécialiste dans ce domaine.

L'ouvrage adopte la forme du mémoire d'une thèse et comporte ainsi de nombreux documents annexes utiles pour l'étudiant ou chercheur amateur (photos schémas, statistiques, plans, notes et références...). Il reste cependant très lisible pour les néophytes . 

Bien loin d'être aride et de ne parler que d'urbanisme, l'étude aborde dans un langage compréhensible  le phénomène des banlieues japonaises à travers le prisme de diverses thématiques et champs de connaissances transversaux.

L'ouvrage développe ainsi des sujets tel que la toponymie et l'utilisation de l'espace selon une perspective historique et une évolution sociétale, le politique (c'est-à-dire le gouvernement de la cité), l'économie, l'hygiénisme en matière urbaine etc...
 
Le sujet ne se limite pas à la banlieue, car pour en étudier  le développement, l'auteur effectue quelques parallèles et mises en relief entre la ville/capitale et la banlieue, entre le Japon et la France.

L'apparition des politiques de logement en banlieue fut accompagnée par le développement du transport ferroviaire, avec des sociétés proactives, le chemin de fer ayant été un moteur de structuration de l'habitat (les sociétés de transport se faisant elles mêmes promoteurs immobiliers en développant des quartiers autour des gares).

Les rapports sociaux dans les quartiers,  entre voisins et au sein de la famille (passant d'un habitat intergénérationnel à des foyers uniques) en seront modifiés.

Le développement d'un système de logements public sera d'abord issu de la nécessité de reloger des habitants ayant perdu leur logement suite à une catastrophe naturelle, avant que la politique de logement public devienne un système de planification urbaine et de logement de classe sociales diverses. 

Selon l'auteur, les politiques de logement urbain japonaises comporteront certaines déficiences à partir des années 80 et dysfonctionnements, tel la question du relogement des populations déplacées à partir de Fukushima.


A l'issue de cette petite présentation, quelques éléments saillants parmi d'autres :

... En matière de toponymie, Yamanote signifie l'amont, Edo, la porte de l'estuaire...

... L'organisation de l'espace dans la ville s'organisait autour de châteaux avec leurs fortifications, de temples répondant a des règles de géomancie chinoise...

... Un témoignage fascinant, détaille la vie sur l'île de Gunkanjima

... Des références à la "Democracity", nouveau modèle de ville, présenté lors de l'Exposition universelle de New York en 1939, pour la création de nébuleuse urbaine en périphérie des grandes villes. Les habitants de ces nouvelles formes urbaines sont appréhendés comme des consommateurs moyens.


samedi 22 septembre 2018

Cet été-là, j'étais soldat... de Kaneko Tôta


En matière de haïkus japonais, Kaneko Tôta fut sans doute l'auteur contemporain le plus important, traversant le vingtième siècle, et ses diverses évolutions esthétiques nippones (1).

Au-delà de son activité de haïjin, il tira de son expérience de la guerre les fondements de sa volonté de résistance à l'iniquité et de son engagement en société : syndicaliste pendant sa vie professionnelle, il apporta notamment son soutien aux mouvements pacifistes et de lutte contre le nucléaire après l'accident de Fukushima.

Naturellement, il calligraphia le slogan de ralliement des mouvements de protestations actuels "Abe seiji wo yurusanai" :


(lors d'un voyage en septembre 2017 - Nakano, quartier de Tokyo)

Ce sont les événements de ces dernières années qui l'incitèrent à rédiger et publier ses mémoires en 2016, sans doute avec la motivation de transmettre par son expérience cet esprit de résistance face aux résurgences des démons de la société japonaise.

Le livre "Cet été-là j'étais soldat", traduit par Laurent Mabesoone (un de ses disciples) et publié par les éditions Pippa en 2018, est ainsi une porte ouverte sur la vie et l'oeuvre de cet auteur encore méconnu en France et pourtant essentiel.

Enrichie de cartes, photos, d'un glossaire et d'un index de noms et prénoms, l'édition est didactique autant que possible et présente quelques haïkus du maître en japonais en caractères imprimés (et non les difficilement lisibles calligraphies pour un apprenant du japonais lambda), puis romajis (pour la musicalité du texte) avant sa traduction. Ce qui est un point essentiel selon moi pour une bonne édition de haïkus.

J'éprouve cependant un léger regret avec le caractère partiel de cette biographie (j'aurais apprécié une édition complète).

Je conclurai cette brève chronique avec un extrait des 40 haïkus de ces dernières années : 

雪積めど放射能あり流離かな

Yuki tsumedo hôshanô ari ryûri kana

Sous la neige,
Toujours là, la radioactivité.
Exode.


(1) Personnellement, son livre de haïkus pour débutants "haiku nyûmon" (en japonais) m'accompagne depuis longtemps dans ma pratique de composition.

lundi 21 mai 2018

Le courrier, la courroie, ta bonne lettre... Correspondances



Présenter Nicolas Bouvier, écrivain Suisse voyageur (1929-1998) et auteur de L'Usage du monde, serait une gageure. Précisons seulement dans cette brève chronique, qu'il reste pour moi, et avec ma propre expérience et ses limites, l'auteur le plus juste qu'il m'ait été donné de lire au sujet du Japon, avec un talent d'observation, un certain tact et humanisme.

L'éditeur ZOE POCHE ayant décidé de publier quelques ouvrages à son sujet, j'ai acheté avec une certaine curiosité cet échange de lettres entre Bouvier et son grand ami Thierry Vernet (illustrateur de l'usage du monde), avec lequel il effectuera une partie de son voyage vers l'Est avant qu'ils se séparent pendant cinq mois à partir de l’Afghanistan puis se retrouvent vers Ceylan :


Sans doute  anecdotique pour les autres, mais les amateurs de Bouvier (et sans doute de l'artiste Vernet) seront fasciné par cet échange épistolaire, direct, sans filtre, mettant en relief - à l'instar d'un making-off moderne - les difficultés, doutes (sur la finalité du voyage, sur son art à venir), déprimes et fulgurances qui ont donné naissance à des œuvres postérieures. 

Sont ainsi détaillées les recherches de contacts et d'emplois, piges, conférences, articles, logements, pannes, les coups de blues et maladies qui émaillent un voyage, loin d'être une trajectoire romantique rectiligne. 

En conclusion, une heureuse  surprise de lecture. Je regretterais seulement l'absence de cartes sur les étapes traversées  qui auraient pu joliment illustrer l'ouvrage.

lundi 18 novembre 2013

Deux milliards d'années lumières de solitude - recueil de poésie de Shuntarô TANIKAWA



Reçu de la part d'un ami japonais, poète francophone. Si dans ce recueil cela ne semble pas encore très prégnant, il m'informe que l'auteur jouera plus tard sur des rapports de sonorités intéressants.

"Deux milliards d'années lumières de solitude" (ni oku kounen no kodoku) est le premier recueil de poésie de Shuntarô TANIKAWA (1931-), poète japonais actuel s'exprimant en vers libres. La première édition semble dater de 1983.

L'édition que j'ai entre les mains est un recueil bilingue japonais anglais. Il permettra ainsi aux lecteurs peu familier de la langue de Kawabata, d'en avoir un aperçu. Pour autant, bien que je sois sans doute moins familier de l'anglais, ce qui ne me permet pas d'évaluer à sa juste valeur la traduction, il m'est arrivé de regretter l'utilisation de certains termes en anglais, les poèmes perdant en général de leur saveur.

La poésie de Tanikawa est en tout cas remplie d'images saisissantes d'une richesse certaine avec pour fil conducteur le fait que la modernité est vecteur de grandes merveilles tout autant que d'une grande solitude - d'où le titre éponyme.

Les thèmes embrassés sont aussi variés qu'un musée, une peinture, un quai où l'on regarde des écoliers. Parmi les objets du décors brossé par l'auteur : une télé, un cahier de notes, la planète Mars...

J'ai traduis si dessous trois poèmes pour vous en faire une idée :

絵

わたれぬような河のむこうに
のぼれぬような山があった

山のむこうは海のような
海のむこうは街があった

雲はくらくー
空想が罪だろうか

白いがくぶらちの中に
そんな絵がある

Une Peinture 

Au delà de l'infranchissable rivière
Résidait une infranchissable montagne

Au delà de la montagne, une mer, sans doute
Au delà de la mer, une ville, sans doute

Les nuages étaient noirs -
Serait-ce un crime d'avoir de l'imagination

A l'intérieur d'un cadre blanc
existe une telle peinture 
 
(je complèterais de deux autres extraits, significatifs)


lundi 27 juin 2011

Les romans autobiographiques de Takeshi Kitano & Kitano par Kitano

Cet article sera consacré à une personnalité aux multiples talents que j'apprécie et aux ouvrages le concernant : Takeshi Kitano.

Takeshi Kitano est surtout connu en France en tant qu'acteur-réalisateur, mais sa créativité s'exerce également sur le petit écran nippon dans diverses émissions, du pur divertissement aux émissions documentaires et débats thématiques, mais toujours avec pour dénominateur commun une grande curiosité.

Il est également l'auteur d'ouvrages autobiographiques (pour lesquels il se murmure qu'il aurait bénéficié d'une assistance dans la rédaction, mais qu'importe) et s'est trouvé sujet d'un recueil d'entretiens avec Michel Temman.

Si les ouvrages autobiographiques ne rentreront pas au panthéon de la littérature pour leur style, leur simplicité sert le texte.

# La vie en gris rose



Quatrième de couverture = Takeshi Kitano. le réalisateur de Sonatine, Hana-bi et Kikujiro, raconte son enfance dans le Japon d'après-guerre. Une enfance en gris et rose, aux couleurs que son père, peintre en bâtiment, essayait sur la porte de la maison avant d'en couvrir les murs de ses clients. Kitano raconte les jouets, les objets, les fêtes, les rencontres de son enfance et ressuscite toute une époque dans un inventaire à la Pérec qui célèbre l'amitié et les jeux des gosses de pauvres, quand l'imagination et l'invention remplaçaient l'argent. Si c'est bien l'enfance qui détermine notre sensibilité d'adulte. alors la sienne a aussi les couleurs de son gobelet de cantine en bakélite rouge, des caramels aux prunes, des toupies beigoma à peine plus grosses que le pouce, des cerfs-volants ornés de guerriers du kabuki, de la chasse aux libellules, de son père brutal et ivrogne et de sa mère qui se battait en vain pour que son fils travaille en classe, alors que lui n'aurait jamais arrêté de jouer...

L'auteur relate son enfance d'après guerre entre un père peintre porté sur la boisson et une mère stricte qui prenait soin de ses enfants. Très intéressant si l'on est intrigué par une époque du Japon bien peu connue en France.


# Kikujiro to saki *



Dans "kikujiro et Saki" (respectivement le nom de son père et sa mère), l'auteur revient sur les figures parentales et ce qu'ils ont apporté à leurs enfants. Un bel hommage.

# Asakusa Kid



Quatrième de couverture = La vingtaine révolue, Takeshi Kitano, errant dans Tokyo, désoeuvré et nonchalant, décide un jour qu'il sera acteur comique. Pour y parvenir, une seule direction : Asakusa, le quartier des théâtres, des boîtes de strip-tease et des yakusas.
Dans l'une d'elles, Le Français, il est engagé comme garçon d'ascenseur. Il y rencontre l'acteur Senzaburo Fukami, qui deviendra son maître. Entre deux numéros d'effeuillage, Kitano joue ses premiers sketches comiques. Avec deux autres jeunes acteurs il découvre le style dialogué qui fera son succès, le manzaï, style qu'il marquera par ses outrances de langage, alors inimaginables au japon.

Les débuts de Kitano dans les cabarets d'Asakusa. Une période et un quartier de Tokyo à découvrir sous un autre jour.

# Kitano par Kitano



Présentation Editeur = " Je suis venu au cinéma un peu comme on vient au monde. Par hasard. " Takeshi Kitano, l'un des plus grands cinéastes japonais, se raconte dans cette autobiographie née de plusieurs années d'entretiens avec le journaliste français Michel Temman. Comment être à la fois un showman célèbre et un cinéaste exigeant ? Kitano n'en revient pas de sa " destinée ", lui l'autodidacte qui n'a jamais oublié ses origines modestes. Takeshi Kitano se souvient de sa jeunesse dans le Japon de l'après-guerre : une enfance interdite, une famille nombreuse entassée dans la misère d'un quartier populaire, la passion pour les sciences, ses rêves d'explorateur, les études qu'il poursuit, malgré la pauvreté, grâce à sa mère. Le père, enfin. " Je ne lui adressais jamais la parole. Lui ne me disait jamais rien. " Des sketchs provocateurs de son alter ego télévisé Beat Takeshi, au cinéma vu comme rédemption tardive : une esthétique de la violence, une musique envoûtante, des antihéros solitaires et torturés, deviennent ses marques de fabrique, comme dans Sonatine. Pour la première fois, Takeshi Kitano révèle dans cette autobiographie d'une étonnante vitalité son engagement humanitaire en Afrique autant que sa vision pessimiste du Japon, colonisé par l'Amérique et acculturé. Une vision très personnelle de la vie, entre acharnement au travail, bouddhisme zen et épicurisme.

Cet ouvrage est sans doute essentiel autant pour les fans que les curieux, dans la mesure où la découverte de sa personnalité met en lumière son œuvre cinématographique.

L'ouvrage intéressera aussi les personnes intriguées par la télévision japonaise.


* non traduit.

vendredi 31 décembre 2010

Pélerin du désert de théodore Monod

Lu dans la "mouvance", pendant un voyage personnel, "Pélerin du désert" est une profession de foi, un témoignage enrichissant.

Si son auteur ne se place pas spécifiquement en partisan d'un multiculturalisme, l'esprit nomade est implicite :  pour apprendre, il faut être capable d'écouter l'autre. Ainsi, Théodore Monod a beaucoup appris du désert et des nomades.

L'œuvre se décompose en deux chapitres "se relier" et "se soustraire": le premier chapitre porte plutôt sur la foi et sa relation avec la science (la recherche de l'absolu). Le deuxième invite à réfléchir sur le sens du désert.

Ainsi s'il s'adresse en priorité aux scientifiques, ses pensées sont porteuses de sens pour toute personne à la recherche de quelque chose (quelque soit le domaine : scientifique, littéraire, spirituel...) et profitable à son cheminement. Il parle ainsi à tous.

Théodore Monod constate la difficulté de la réflexion dans la Cité : la vie dans un environnement urbain use - notamment par son ennui - le citadin. La surabondance d'objets et de futilités le détourne de l'essentiel. Il doit donc lutter contre l'égoïsme pour trouver une exaltation, une transcendance. Il doit veiller également à éviter que le modernisme ne le transforme : l'auteur n'a rien contre le progrès matériel quand il peut épargner - et non pas éviter - la peine aux hommes.

Par opposition, le désert enseigne la leçon du dénuement, il permet "l'apprentissage de la soustraction" et d'en rester à l'essentiel : "soustraire, se soustraire; prendre l'essentiel non seulement d'objets mais de pensées, cet allégement est déjà une philosophie." Ce dénuement, cette survie, permet l'assimilation à la terre.

L'auteur affirme la nécessité d'éveiller l'homme, de le remettre au cœur d'une transcendance, d'un dépouillement personnel pour qu'il garde sa liberté intérieure.




*****


"Le temps des 4 saisons a disparu au cœur d'une société presse-bouton."
"partir. Tous les chercheurs, quelque soit leur âge, ont cette soif, cette faim."
"je retrouve la leçon du désert, son épure, son chant du silence"


Théodore Monod in Pélerin du Désert - Editeur La table ronde ISBN 2-7103-0893-2

Maj/update = 10/01/2011

samedi 14 août 2010

Mémento des grandes oeuvres politiques


Le mémento des grandes oeuvres politiques de Bruno Ravaz fait partie des livres rescapés de l'université pour le béotien que je suis. Edité dans la collection "Les fondamentaux" d'Hachette Supérieur.

A destination des étudiants, ce livre mériterait de dépasser le ghetto de l'université : ouvrage de vulgarisation de la pensée politique, il rend accessible à tous les réflexions de 36 auteurs en une demi douzaine de pages consacrée à chacun. Passionnant.

Pour le lecteur qui s'intéresse plus au politique qu'à la politique.