dimanche 9 janvier 2022

Le visiteur - pièce d'Emmanuel Schmitt (1993)




Toujours de grande érudition et accessibles, les ouvrages d'Emmanuel Schmitt sont un trésor pour un béotien tel que moi. La  pièce "Le visiteur" (lue dans une édition scolaire) met en scène Freud en 1938, sa fille Anna, un nazi et ... Un visiteur très particulier, prenant l'apparence d'un acteur connu : Dieu.

Ce visiteur, tout le temps de cette rencontre, entretiendra le doute de son existence et identité...

Ce visiteur est un Dieu un peu cruel : à chaque fois que Freud, l'un des "premiers athées du monde moderne", se rapprochera de la révélation de son existence, provoquera une situation pour le ramener dans le doute.

Ce Dieu qui plonge son interlocuteur dans la confusion, semble proche d'un vrai Diable, aiguillon dont la fonction est parfois celle de provoquer le doute pour amener vers la foi, m'évoquant par là et à tord peut-être, le Faust de Goeth. Ainsi, la polysémie du sens "Visiteur" évoquera bien sûr ces légendes anciennes où un invité étranger inattendu pourrait être un messager du malin, tel les visiteurs du soir de Jean Carmet.

C'est que pour Eric-Emmanuel Schmitt, selon ses propres termes, il s'agit d'un Dieu ni présent, ni absent, mais un "Dieu  caché", qu'il a représenté dans une œuvre issue d'une période de doute.

Au final, une pièce fascinante à lire... Et sans doute à voir jouer.




dimanche 19 décembre 2021

Les visiteurs du soir de Marcel Carné (1942)

 


En pleines fête pour célébrer les fiançailles  de la fille du baron Hugues, Anne, et du baron Renaud, apparaissent, parmi d'autres artistes, deux joueurs de Luths, Gilles et Dominique, qui semblent être plus qu'ils ne sont... Et sèmeront rapidement la zizanie, entre ce beau monde. Mais l'amour peut parfois provoquer des détours à des intrigues préparées...

Tourné pendant l'occupation sous l'égide des Productions André Paulvé , les visiteurs du soir de Marcel Carné (1942) est une histoire de fantastique français où le malin tient une place de choix.


Si les décors, inspirés des très riches heures du duc de Berry, et la lumière sont intéressants, ce ne sera le jeu des acteurs, au titre des quels les jeunes premiers de l'époque (Alain Cuny et Marie Déa) ne m'auront pas tapé dans l'œil, mais le scénario et le dialogues, certains éléments de la mise en scène (comme lorsque tous les membres du banquet s'arrêtent immobiles) possèdent une certaine élégance.

Arletty n'est sans doute pas inoubliable dans ce film, ni Alain Cuny ou Marie Déa. Marcel Herrand (baron Renaud) et Fernand Ledoux (Baron Hugues) apporteront plus de présence au film.

Ce sera surtout Jules Berry, en Diable de théâtre cabotin, qui laissera un souvenir assez durable. Un acteur assez difficile à diriger alors, ne se souvenant pas suffisamment de ses textes, improvisant beaucoup...



Les bonus du  blu-Ray de l'éditeur sont très intéressants et permettront à l'amateur de découvrir en trois reportages assez pédagogiques : le contexte de la conception du film, l'histoire du duo entre Prévert et Carnet et un panorama du cinéma fantastique français...

On y apprendra ainsi que la production des visiteurs du soir fut tout une aventure : entre la zone occupée et celle de la France libre, les difficultés à trouver de la nourriture pour le banquet dans la scène...

Au final, ce film ne sera pas un des meilleurs de Carnet et Prévert, mais il gardera un certain charme pour les amateurs.

lundi 29 novembre 2021

La vie en Kodak - Colorama publicitaires des années 1950 à 1970





Livre de photographies : La vie en Kodak - Colorama publicitaires des années 1950 à 1970
- Catalogue de l'exposition de 2015 au Pavillon Populaire de Montpellier-

Présenté par François Cheval et Gilles Mora, l'ouvrage aborde les Colorama, des images panoramiques de très grandes dimensions, destinées à être exposées dans le hall de la gare de Grand central, à New-York (une gare très passante).

Dépassant le simple objet publicitaire de la marque, le Colorama devient un vecteur de mise en valeur, de propagande d'un mode de vie à l'américaine idéal, célébrant la société de consommation. Ainsi, les familles américaines moyennes de la banlieue, avec enfants, femmes aux foyers, grands parents, sont représentées au travers  d'événements divers, du camping, de noël, séance photos ou voyages... 

Toutefois, on notera que les minorités sont représentés en toile de fond, les cols bleus absents et le bonheur de moments particuliers omniprésents. C'est que le Colorama se fait le porteur d'un bonheur standard d'une certaine catégorie de personnes.

Je dois avouer que les photos publicitaires qui représentaient une scène, une histoire reconstruite, sous la forme d'un idéal, m'ont fasciné depuis l'enfance (ainsi des photos de familles dans une piscine de magazines pour Maisons et Jardins) ; sans parler des illustrations à l'ancienne de Norman Rockell , ou à un niveau plus modeste des illustrations de Marcel Marlier (pour Martine), par exemple...

Il y a un ainsi un côté fascinant à regarder ces images, à la mise en scène construite avec minutie, à l'instar de la photographie sur une chorale, avec tous ces "personnages" différents.

Ce catalogue plaira donc aux amateurs de la chose : une introduction au Colorama, son histoire, sa technique, son sens, avec les textes de François Cheval (un peu abscons pour moi) et Gilles Mora (éclairant), pour présenter de nombreux Coloramas en format 270 x 240 mm, parfois sur deux pages.

Quelques Coloramas visibles en ligne :  http://www.papytane.com/kodak.htm

dimanche 7 novembre 2021

Drôle de drame réalisé par Marcel carné (1937)




Drôle de drame (1937)
Réalisé par Marcel Carmet
Sur l'adaptation de Jacques Prévert (scénario et des dialogues)
du roman His First Offence de l'auteur britannique Joseph Storer Clouston

Début de synopsis : À Londres, l'évêque Soper donne une conférence dénonçant la littérature licencieuse, et particulièrement Le Crime modèle, roman d'un certain Félix Chapel. Dans l'assistance se trouve le cousin de l'évêque, Irwin Molyneux, que l'évêque invite à s'exprimer. Après avoir bredouillé quelques mots, il est interrompu par William Kramps, tueur de bouchers, qui parvient à s'enfuir. La conférence prend fin dans la confusion et l'évêque Soper s'invite à dîner chez Molyneux le soir même pour déguster un canard à l'orange, une spécialité de la cuisinière, Mme Pencil.

Drôle de drame fait partie de ces découvertes de pépites anciennes, dont on a certainement entendu parler pour diverses raisons sans vraiment les connaître.

Ainsi c'est dans cette œuvre que l'on découvrira la réplique :
« — Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange... Pourquoi aurais-je dit bizarre… bizarre…
— Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit bizarre.
— Moi, j’ai dit bizarre ? Comme c'est bizarre... »

Réalisé par Marcel Carné, sur l'adaptation et les dialogues de Jacques Prévert , avec lequel il formera un duo sur plusieurs films, Drôle de drame voit apparaître à la distribution Françoise Rosay, Michel Simon, Jean Pierre Aumont, Louis Jouvet et Jean-Louis Barrault.

Carmet et Prévert présentent une délicieuse comédie qui allie plusieurs formes de comiques par strates : un humour français avec d'une part le Vaudeville et celui très personnel de Jacques Prévert, un humour britannique issu du livre dont le film est l'adaptation (His First Offence), un humour américain  issu du burlesque, lequel utilise de nombreux objets (comme les bouteilles de lait).

Eugen Schüfftan, autrefois chef opérateur de Metropolis, apporte de très belles scènes sous l'influence de l'expressionnisme allemand dans la lumière et les décors.

Le DVD  de l'éditeur comporte un livret en 24 pages, le film remasterise en 4k et un supplément très intéressant "Carnet, Prévert : drôle de duo" sur le film (57:12mn).

En conclusion : une belle découverte.